L'opposition égyptienne, islamiste et laïque, s'interrogeait mercredi sur la poursuite de sa participation à des législatives marquées par des accusations de fraude et de violence, après ses piètres résultats lors d'un premier tour qui a renforcé le parti au pouvoir.
Les résultats annoncés dans la nuit garantissent d'ores et déjà une domination écrasante au Parti national démocrate (PND) du président Hosni Moubarak, et une déroute pour les islamistes, première force d'opposition.
Sur les 221 sièges pourvus dès la première phase des élections (sur 508 au total), 209 sont allés au PND, soit 94,5%.
Les Frères musulmans en revanche n'ont pas un seul député, l'opposition laïque se partage cinq sièges, et sept indépendants non-islamistes sont élus.
Pour le quotidien indépendant al-Chourouq, ces résultats constituent "un séisme électoral pour l'opposition".
"Si un parti gagne toutes les élections durant trente ans sans aucune exception, cela veut dire que la fraude est devenue une partie intégrante de la structure du régime", estime l'éditorialiste Hassan Nafaa, du journal indépendant al-Masri al-Yom.
Le second tour ne pourra que confirmer le laminage des islamistes, qui n'ont que 26 candidats en ballottage, alors qu'ils ont 88 députés dans l'assemblée sortante, élue en 2005.
L'opposition laïque (dix sièges dans le parlement sortant) reste dans la course pour une quinzaine de sièges à peine dimanche.
Le PND est en revanche assuré dans de nombreuses circonscriptions de victoires automatiques en cas de duels entre candidats investis par le parti, ou faciles face à des indépendants.
Les Frères musulmans, qui avaient pourtant résisté à des appels à boycotter cette consultation électorale, ont fait savoir qu'ils pourraient se retirer du second tour.
"Les avis sont partagés" sur cette question et une décision pourrait être prise dans la journée, a déclaré mercredi à l'AFP Essam el-Erian, un haut responsable de la confrérie.
Le plus important parti de l'opposition laïque, le Wafd, a indiqué avoir remis un dossier sur les fraudes au président Moubarak, et qu'il se déterminerait en fonction de sa réponse.
"Il y a une décision à prendre après tout ce qui s'est passé.Il n'est pas logique qu'un parti domine 95% du parlement", a déclaré à l'AFP Mounir Fakhri Abdel Nour, secrétaire général du Wafd.
Des observateurs égyptiens indépendants et une partie de la presse dénoncent des irrégularités à travers tout le pays au profit du PND, avec des urnes bourrées, des achats de vote, l'envoi d'hommes de main pour intimider les électeurs, etc.
Dans de nombreux endroits, les observateurs de la société civile égyptienne et ceux appointés par les candidats d'opposition n'ont pu accéder ni aux bureaux de vote, ni aux centres de dépouillement, selon de nombreux témoignages.
Les Etats-Unis, proche allié de l'Egypte sur la scène internationale et l'un de ses principaux bailleurs d'aide, se sont dit "déçus" devant la manière dont le scrutin a été conduit, et ont jugé "inquiétantes" les nombreuses informations faisant état de fraude.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a déclaré mercredi que ces déclarations constituaient une "ingérence inacceptable dans les affaires intérieures" de l'Egypte.
Le gouvernement a aussi balayé toutes les critiques, affirmant que seules 1.053 urnes sur 89.588, soit 1,2 %, avaient été invalidées en raison d'irrégularités qui ne remettaient pas en cause la validité du vote.
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