Jambes criblées de balles, blessures à la tête: sur leurs lits d'hôpital à Abidjan, des militants d'Alassane Ouattara, candidat à la présidentielle ivoirienne contre Laurent Gbagbo, accusaient jeudi l'armée d'avoir "tiré" sur eux "sans contrôle" en investissant un de leurs QG dans la nuit.
"Quand des gendarmes sont arrivés, ils ont d'abord encerclé notre siège, puis ils ont commencé à tirer sans contrôle" sur une cinquantaine de militants du Rassemblement des républicains (RDR, le parti de M. Ouattara), situé dans la commune populaire de Yopougon, raconte à l'AFP Amidou Traoré.
Avec un large bandage sur la cuisse droite et un gros coton scotché sur la tête, il affirme que huit d'entre eux, rassemblés cette nuit-là pour attendre - en vain - la proclamation des résultats du second tour de scrutin du 28 novembre, ont succombé aux tirs des "corps habillés", comme les Ivoiriens désignent les forces de l'ordre.
Ce bilan a été confirmé par une source policière et un responsable local du RDR.Mais l'armée a évoqué quatre tués, expliquant avoir "riposté" à des tirs lors d'une patrouille dans cette commune, fief du président Laurent Gbagbo, l'autre finaliste de l'élection.
"Ils m'ont tiré dans le pied et m'ont assommé avec la crosse de leur Kalachnikov", explique Amidou, 35 ans, admis dans cet hôpital public avec une quinzaine de blessés.
Son voisin Abdoulaye Bamba, 38 ans, ne tient pas en place dans son lit alors que le sang continue de couler malgré le bandage.Il dit avoir reçu "une balle dans la cuisse".
"Trop de douleur!", se plaint-il d'une voix presque inaudible.
Sur le balcon, un autre blessé, Adama Koné, 28 ans, raconte que le groupe de militants avait été "alerté par un éclaireur" - expressément posté sur un immeuble qui jouxte le bâtiment - de l'arrivée de gendarmes en patrouille.
"Dès leur arrivée, ils ont commencé à tirer dans tous les sens", dit-il, assis à même le sol, le torse nu.Il se plaint seulement de "douleurs dans les os" à cause des coups reçus.
Selon Adama Koné, les gendarmes leur reprochaient d'avoir ouvert le feu sur eux."On n'était pas armés", assure le jeune homme, qui précise que le groupe bavardait en prenant le thé.
Plus d'une centaine de jeunes surexcités s'étaient massés jeudi dans la matinée devant l'entrée principale du QG du RDR à Yopougon, pour voir le sol maculé de sang et les impacts de balles sur les murs.
D'après un rescapé, les forces de l'ordre ont demandé, après avoir pénétré dans l'enceinte du bâtiment: "où sont les machettes?"
"Ils ont fouillé tous les coins et ils n'ont trouvé que deux machettes qu'on n'utilisait plus", rapporte ce témoin, qui se présente sous le nom d'"Ablo" pour des raisons de sécurité.
Signe de la tension régnant dans cet immense quartier, le siège local du parti de M. Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), situé à 300 mètres de celui du RDR, a été l'objet d'une attaque très tôt jeudi.Elle a fait "deux blessés" selon un responsable FPI, alors que l'hypothèse de représailles circulait parmi les riverains.
Mais ailleurs la ville restait calme, pendant que les Ivoiriens attendaient toujours le nom du vainqueur d'une élection historique, censée mettre fin à dix années de crise militaro-politique.
Les véhicules sur les grands axes étaient rares et le quartier du Plateau (administration et affaires) étaient très rares.
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