"Si je devais prendre un continent pour me définir, ça serait l'Afrique." Célèbre pour ses travaux sur les hommes au travail, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a pris ses premiers clichés en Afrique et en amateur, quand il arpentait le terrain en économiste.
"L'Afrique est très proche de moi, je suis très proche de l'Afrique", dit ce globe-trotter de 73 ans dans un entretien à l'AFP à Paris à l'occasion d'un don de photos à l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes de Sciences-Po Paris.
Diplômé en économie agricole, Sebastiao Salgado trouve en 1971 un poste d'économiste au sein de l'Organisation internationale du café (ICO) après avoir fui la dictature brésilienne du maréchal Castelo Branco en se réfugiant avec sa femme à Paris.
Responsable de cinq pays africains (Ouganda, Kenya, RD Congo, Burundi et Rwanda), il effectue ses premiers voyages sur le continent et prend ses premières photos.
"Je connais bien le Rwanda, pour y avoir d'abord été comme économiste, puis de nombreuses fois ensuite comme photographe", explique Salgado.
"Ce continent m'a toujours intéressé, j'y ai énormément travaillé", explique le photographe à l'allure gaillarde et au sourire facile qui compte au cours de sa longue carrière près de 40 reportages dans plus de 20 pays d'Afrique.
Sa première mission comme photographe professionnel en Afrique est pour Médecins sans frontières (MSF), au Sahel.Salgado y photographie la famine et la misère, dans des clichés qui font la une de la presse internationale et seront regroupées dans un ouvrage: "Sahel : l'Homme en détresse" (1986).
- 'Un continent très très riche'-
"Les gens qui parlent de misère n'ont pas compris", rétorque Salgado."La misère n'est pas matérielle mais spirituelle et sociale.L'Afrique est sans doute le continent le plus riche en relations communautaires et sociales."
Rappelant son passé d'économiste, l'artiste, élu en 2016 à l'Académie française des Beaux-Arts de Paris, appelle à une autre comptabilité des richesses du continent noir.
"L'Afrique a une richesse que l'on ne peut pas quantifier, qui ne rentre pas dans le Produit intérieur brut (PIB) ni dans le revenu par tête.Pour parler de l'Afrique, on devrait inventer d'autres facteurs pour intégrer cette composante sociale.L'Afrique est un continent très très riche."
Appareil photo en bandoulière, il a sillonné le continent pour les agences de photo-journalisme Sygma, Gamma et Magnum.Guerres d'indépendances d'Angola, du Mozambique, du Sahara espagnol, génocide rwandais...le Brésilien a témoigné de l'actualité violente du continent, mais aussi ce qui fait sa substance: ses hommes, sa faune, sa flore.
De ses voyages - en Afrique et ailleurs - naîtront des ouvrages majeurs tels que "La Main de l'homme" (1993) ou "Exodes" (2000).
"Pour nous les Brésiliens, l'Afrique est très proche.Les Africains sont venus au Brésil dès le 18e siècle comme esclaves.Les Africains sont rentrés dans notre constitution raciale.Ils ont aidé à faire une recomposition du Brésil, qui était un mélange d'indiens et de Portugais", explique l'artiste.
Très engagé pour la sauvegarde des forêts d'Amazonie, le photographe déplore l'état de la faune africaine.
"On a passé un point de non-retour sur les forêts africaines", explique-t-il."On a beaucoup parlé de l'Amazonie car c'était une immense forêt mais on n'a pas assez parlé des forêts d'Afrique, moins grandes certes mais qui ensemble font une énorme forêt."
"Tout ce bois est venu en Europe", regrette Salgado, dont le dernier ouvrage, "Genesis" (2013), est une ode à la nature.
"Je pense qu'il n'y a plus de grande forêt en Afrique, à l'exception peut-être de la forêt du Congo.Avec les portions de forêts qu'il reste, il sera très difficile" de revenir en arrière, dit celui qui, en Amérique latine, a replanté des millions d'arbres et restauré un écosystème qui avait disparu.
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