Enquête sur le secteur minier: la Tanzanie suspend un journal

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Nairobi (AFP)

Les autorités tanzaniennes ont suspendu pour deux ans un hebdomadaire ayant relayé des accusations liant deux anciens présidents à des contrats miniers controversés, a annoncé le ministère de l'Information, la décision étant dénoncée par Reporters sans frontières (RSF) comme une "ingérence intolérable".

Une commission d'enquête réclamée par le président John Magufuli a estimé lundi à 75 milliards d'euros les pertes fiscales liées aux fraudes autour de l'exploitation minière depuis 1998, principalement en raison de la non déclaration de revenus par des sociétés étrangères, et pointé du doigt des contrats d'exploitation largement défavorables à l'Etat tanzanien.

Jeudi, l'hebdomadaire Mawio, critique envers le gouvernement du quatrième pays exportateur d'or du continent, a publié en première page les photos de Jakaya Kikwete (2005-2015) et Benjamin Mkapa (1995-2005), avant de reprendre en page 12 l'intégralité d'une intervention à l'Assemblée nationale du député d'opposition Tundi Lissu.

Dans cette intervention intitulée "Lissu: Mkapa, Kikwete, comment y échappent-ils?", M. Lissu soutient que les principaux responsables de ces contrats controversés sont MM.Kikwete et Mkapa, et appelle à ce que les deux anciens présidents soient entendus dans le cadre d'une enquête ouverte sur la question.

Le ministère de l'Information a estimé, dans un communiqué publié jeudi soir, que Mawio accuse les deux hommes "alors que les enquêtes de deux commissions mises en place par le président ne les mettent nullement en cause", et ordonne dès lors de "suspendre la publication du journal sur papier ou sur internet pour une durée de 24 mois".

Mawio avait déjà été frappé d'interdiction, finalement levée par la justice, pour sa couverture de la crise politique à Zanzibar après les élections de fin 2015.

Interrogé par la télévision locale Azam TV, le directeur exécutif de Mawio, Said Kubenea, ex-journaliste devenu député de l'opposition, a soutenu que "ni le ministre, ni le gouvernement n'ont le droit de dicter aux journalistes ce qu'ils doivent publier".

La responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières (RSF), Clea Kahn-Sriber, a affirmé à l'AFP que la décision "démontre, s'il en était encore besoin, que le président mène un combat personnel contre les médias qui ne sont pas alignés sur sa politique.C'est une ingérence intolérable et indigne d'un Etat de droit".

Mercredi, M. Magufuli avait menacé de "mesures sévères" les journaux qui "s'efforcent" selon lui d'accuser MM.Kikwete et Mkapa d'avoir joué un rôle dans la signature de ces contrats.Son ministre de la Justice Palamagamba Kabudi avait rappelé que les ex-présidents bénéficient d'une immunité contre des poursuites pour d'éventuels manquements durant leurs mandats.

A la suite de la publication des rapports sur le secteur minier, le président Magufuli avait ordonné la révision des textes de loi régissant l'attribution des contrats d'exploitation et demandé à la justice d'interroger, voire poursuivre, les ministres des Mines et de la Justice ayant signé les contrats défavorables à l'Etat.

Le sous-sol tanzanien est riche en minerais.Outre l'or, le pays exporte également du cuivre, du nickel, de l'argent, des diamants et d'autres pierres précieuses comme la tanzanite.

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