Massés le long des barrières, des milliers de Burkinabè agitent des drapeaux au passage de l'armée pour les 50 ans de l'indépendance de l'ex-colonie française à Bobo Dioulasso (sud), capitale économique en déclin mais métamorphosée pour la circonstance.
"Ca nous donne envie d'être militaire!", s'enthousiasme Sidiki Ky, étudiant de 21 ans, venu applaudir les différents corps qui paradent sur l'avenue de l'Indépendance.
Pour l'occasion, l'axe principal de la deuxième ville du Burkina Faso (365 km à l'ouest de Ouagadougou) est pavoisé aux couleurs du pays: le drapeau rouge et vert frappé de l'étoile dorée flotte sur les arbres comme sur les bâtiments officiels ou les immeubles.
Au rythme de la fanfare nationale, mais aussi de deux orchestres militaires venus du Togo et du Ghana, une quarantaine de soldats français et 200 militaires marocains battent également le pavé de "Bobo".
Il faut être "fier d'avoir 50 ans de liberté nationale", lance après le défilé le président Blaise Compaoré, réélu fin novembre et au pouvoir depuis le coup d'Etat de 1987, au cours duquel fut tué le "père de la révolution" Thomas Sankara.
Fleuron de l'industrie après l'indépendance de la Haute-Volta - devenue Burkina Faso en 1984 -, Bobo Dioulasso a peu à peu sombré dans les années 80-90 sous l'effet des programmes d'ajustements structurels qui ont conduit à la fermeture de nombreuses usines.
Mais, avec ses 600.000 habitants, elle a été choisie pour accueillir les festivités du cinquantenaire de ce pays enclavé d'Afrique de l'Ouest, qui reste l'un des plus pauvres du monde.
Elle a subi un lifting avant l'arrivée d'une dizaine de chefs d'Etats africains: aéroport et logements renovés, monuments divers et inauguration d'un port sec.
Grâce à un investissement d'environ 20 milliards de francs CFA (30 millions d'euros), les routes abîmées et poussiéreuses ont aussi fait place à de larges avenues bitumées.
Mais tout le monde n'est pas séduit par les festivités ni convaincu par la volonté affichée des autorités de donner un deuxième souffle à la cité commerçante, par laquelle Mali et Niger transitent pour accéder aux ports du Ghana et de la Côte d'Ivoire.
"En 50 ans on n'est pas arrivé à bout de la faim et on veut faire la fête, c'est ridicule", lâche Baba Ouattara, 61 ans.
Signe du profond marasme, Bobo avait été en 2008 l'épicentre de violentes manifestations contre la vie chère.
"Qu'avons-nous fait après le départ des Blancs?Rien!On a juste amélioré çà et là, on n'a pas pu inventer notre propre moteur du développement et ça me parle de 50 ans d'indépendance!", s'indigne l'instituteur.
Djibil Seck, 23 ans, est partagé.S'il a apprécié le défilé, la célébration lui semble inopportune."On ne devrait pas fêter de la sorte parce qu'après tout, nous sommes dans un pays pauvre".Près de la moitié des Burkinabè vivent dans la pauvreté.
A quelques encâblures de l'avenue de l'Indépendance, la zone industrielle en friche, avec ses huileries, savonneries et autres usines de textile en ruines, rappelle un âge d'or révolu.
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