Le Ghana devient une nation pétrolière avec les risques que cela comporte

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TAKORADI (Ghana) (AFP)

Le Ghana s'est lancé mercredi dans la production de pétrole à grande échelle, un atout mais aussi un risque pour ce pays qui fait figure de modèle de réussite en Afrique de l'Ouest.

Le président John Atta-Mills s'est rendu en hélicoptère sur le gisement off shore pour ouvrir symboliquement les valves, un évènement qualifié d'"historique" par les responsables locaux et du secteur.

"Cela doit être une bénédiction et non une malédiction du pétrole", a déclaré le président ghanéen, lors de la cérémonie d'inauguration retransmise par vidéo dans la ville de Takoradi sur la côte atlantique, à l'ouest de la capitale Accra, où se trouvaient des dignitaires.

Le pétrole provient d'un champ de l'océan Atlantique, baptisé Jubilee, découvert en 2007 par la société américaine Kosmos et qui contiendrait 1,8 milliard de barils, un des plus importants de la région.

L'anglo-irlandaise Tullow qui en est l'opérateur principal, dit vouloir extraire 55.000 barils par jour dans les premiers mois avant de doubler la production à 120.000.

Cette quantité, non négligeable, reste toutefois très en-deça des deux millions de barils par jour produits par le Nigeria voisin.

Avec sa corruption, les violences et enlèvements liés à l'exploitation de son pétrole et l'abandon des autres industries, le géant ouest-africain, 8e exportateur de brut du monde, a valeur d'avertissement pour le Ghana, à qui ses performances en matière de démocratie et de développement économique ont valu la visite du président Barack Obama l'an dernier.

Deuxième producteur mondial de cacao derrière la Côte d'Ivoire, le Ghana avec 23,5 millions d'habitants est aussi le second producteur d'or du continent après l'Afrique du Sud.

Pour les plus optimistes, sa capacité à gérer ces deux ressources augurent bien de son avenir dans le pétrole, dont il assure déjà une production, bien qu'à très petite échelle.

Mais la découverte d'un gros gisement a suscité l'intérêt de grands du secteur, dont des sociétés chinoises, et provoqué des craintes de dérive.

"Le Ghana a le potentiel pour les éviter mais il lui reste beaucoup à faire pour ne pas tomber dans la malédiction du pétrole", dit Emmanuel Kuyole, coordinateur régional pour Revenue Watch Institute.

De premiers signes inquiétants sont déjà apparus: la production débute trois ans tout juste après la découverte du gisement, une rapidité record, alors que la législation qui doit réguler l'industrie fait encore l'objet de débats au Parlement.

"Nous devrions être mieux préparés.Le programme tout entier paraît avoir été précipité.Cela ne profite à personne", estime Bright Simons, chercheur au centre de réflexion ghanéen IMANI Center for Policy and Education.

Autre sujet de préoccupation, le Ghana ne s'est pas encore doté de l'infrastructure permettant de capter les rejets de gaz qui accompagnent la production de brut.Il est donc inévitable que ce gaz soit brûlé, notent les observateurs, même si les autorités ghanéennes ont décrété une politique de tolérance zéro à l'égard de cette pratique nuisible à l'environnement.

Pour Alex Vines, chef du programme pour l'Afrique du "think tank" londonien de Chatham House, "les politiques doivent se concentrer sur comment faire le meilleur usage des revenus de la manne pétrolière".

Mais des militants craignent que le ministère de l'Industrie n'ait pas la capacité de mener la tâche à bien et doive s'appuyer sur la Ghana National Petroleum Company qui a ses propres intérêts dans l'affaire.

Des chefs coutumiers réclament 10% des ressources pétrolières, suivant la tradition du secteur minier du Ghana.Il faut investir dans les villages proches du gisement si l'on veut "éviter une situation comme celle du delta du Niger", au Nigeria, estime Emmanuel Kuyole.

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