Attentat Habyarimana: les proches de Kagame veulent être innocentés

Infos. ...

PARIS (AFP)

Les avocats de six proches du président rwandais Paul Kagame ont réclamé vendredi un non-lieu pour leurs clients mis en examen (inculpés) en France dans l'enquête sur l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana en 1994 mais dont les mandats d'arrêt ont été levés.

"Nous réclamons un non-lieu pour nos clients, non un non-lieu de faveur mais un non-lieu de conviction", ont déclaré lors d'une conférence de presse leurs avocats, Mes Léon-Lef Forster et Bernard Maingain.

Ces six personnes, dont l'actuel ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe, faisaient partie des neuf proches du dirigeant rwandais visés par des mandats d'arrêt émis en 2006 par l'ancien juge français Jean-Louis Bruguière et qui ont été levés jeudi.

"Cette mise en examen n'est pas la marque d'une suspicion ou de culpabilité" mais "ouvre au contraire de nouveaux droits" a fait valoir Me Forster, pour qui "le fait nouveau c'est la levée des mandats d'arrêt" que les juges d'instruction "auraient pu maintenir".

Le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugarama a d'ailleurs qualifié vendredi cette levée de "bonne nouvelle".

Les six personnes ont été mises en examen entre les 5 et 15 décembre par les juges d'instruction antiterroristes français Marc Trevidic et Nathalie Poux pour "complicité d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste" dans le cadre de l'enquête sur la disparition, le 6 avril 1994, du président Habyarimana, dont l'avion avait été abattu au dessus de Kigali.

Cet attentat est considéré comme le signal déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts selon l'ONU, essentiellement parmi la minorité tutsie.

Les six personnes ont été laissées en liberté sans contrôle judiciaire, ont souligné leurs avocats.

Aujourd'hui "les éléments d'enquête montrent toutes les failles" de l'instruction du juge Bruguière, selon les avocats qui dénoncent "des risques de manipulation majeurs" et la disparition "d'éléments de preuve décisifs".

Ils espèrent "probablement pour fin janvier" un rapport d'expertise demandé par les juges sur les circonstances de l'attentat.

Les juges se sont rendus en septembre à Kigali avec des experts pour déterminer les conditions dans lesquelles le Falcon 50 qui transportait les présidents rwandais et burundais a été abattu alors qu'il s'apprêtait à atterrir à l'aéroport international de Kigali.

Outre James Kabarebe, figurent parmi les mis en examen le général Jack Nziza, le lieutenant-colonel Charles Kayonga, l'ancien militaire Jacob Tumwine, Franck Nziza, soupçonné d'être un des tireurs qui ont abattu l'avion, ainsi que Samuel Kanyemera.

L'avocat de la veuve de M. Habyarimana, Me Philippe Meilhac, a de son côté estimé que "les critères de délivrance des mandats d'arrêt et de mise en examen sont les mêmes"."En les mettant en examen les juges ont considéré qu'il existait encore aujourd'hui des indices graves et concordants", a-t-il dit à l'AFP.

Deux thèses s'affrontent dans cette enquête: la justice française -- compétente en raison de la nationalité française de l'équipage de l'avion -- soupçonne un commando du Front patriotique rwandais (FPR, aujourd'hui au pouvoir) de s'être infiltré à travers le dispositif des Forces armées rwandaises (FAR), pour abattre l'avion depuis la colline de Massaka, qui surplombe l'aéroport.

Une commission d'enquête rwandaise a au contraire imputé la responsabilité de l'attentat aux extrémistes "Hutu Power" des FAR qui auraient voulu se débarrasser du président Habyarimana, jugé trop modéré, pour faciliter un coup d'Etat.

Newsletter

Restez informé ! Recevez des alertes pour être au courant de toutes les dernières actualités.
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.

En direct
Les rendez-vous santé
Nos applications
Facebook
Twitter
Instagram
Attentat Habyarimana: les proches de Kagame veulent être innocentés