Interview d�??Antoine Glaser dans le « Journal des auditeurs » du 22 décembre 2010 :

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Interview d'Antoine Glaser dans le « Journal des auditeurs » du 22 décembre 2010 : Eugénie Diecky : Laurent Gbagbo est sorti de son silence, il a affirmé hier [21/12] être le Président de Côte d'Ivoire, il tend la main à Ouattara, il propose un comité d'évaluation international, il appelle le camp Ouattara à quitter son hôtel, il lève même le couvre feu nocturne sur tout l'étendue du pays. De son côté le camp Ouattara déclare que Gbagbo ruse et doit partir. Qu'est ce que cela vous inspire ?Antoine Glaser : On voit que Gbagbo essaie d'avoir toujours un coup d'avance. Il a eu un coup d'avance avec le Conseil Constitutionnel qui était complètement à sa main, là, il a encore un coup d'avance en jouant le jeu d'un président qui contrôle la situation et qui invite ses adversaires à regagner leurs maisons comme s'il s'agissait de citoyens lambda. Il normalise totalement une situation de crise. Il essaie de se dépêtrer de cette situation très difficile. Il a déjà prouvé par le passé qu'il arrive toujours à retomber sur ses pieds, mais je crains que cette fois-ci ce soit le coup de trop. E.D : Qu'est ce qui vous fait penser cela ?A.G : Quand vous voyez les Américains et les Français qui appellent leurs ressortissants à quitter la Côte d'Ivoire, ce n'est pas très bon signe. E.D : Le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, a accusé mardi les forces loyales du Président sortant de tenter d'imposer un blocus aux casques bleus de l'ONUCI. Il a dit craindre que la situation ne devienne encore plus critique dans les jours prochains. Un commentaire ?A.G : C'est effectivement une situation qui n'est pas gérable ni tenable en l'état. Les forces de l'ONUCI protègent Alassane Ouattara avec les forces nouvelles, c'est très gênant pour l'ONU. La grande crainte des Nations-Unies et des forces françaises, c'est de subir une provocation, qu'ils soient obligés d'intervenir et que l'on retombe dans un face-à-face, en particulier pour les forces françaises, comme en novembre 2004. Il ne faut pas oublier que la force française est la force de réaction rapide sur place. Or on ne peut pas justifier une ingérence dans cette crise qui est ivoiro-ivoirienne. E.D : Vous dites donc que cette crise ne concerne que les ivoiriens. Si la communauté internationale n'intervient pas quels pourraient être selon vous les scénarii de sortie de crise ?A.G : Actuellement les scénarii sont très limités. Tout d'abord je comprends la déception des africains face à cette crise. Quand on voit que 80 % des Ivoiriens sont allés voter, on comprend que ceux-ci ont choisi les urnes et non pas les armes. C'est un taux de participation tout à fait exceptionnel qui prouve que les Ivoiriens croient à la démocratie et veulent la démocratie. Pour ce qui est des scénarii. Il y a une bunkerisation de Laurent Gbagbo qui pourrait tenir quelques temps sur le plan militaire mais, à moyen terme, il ne pourra pas tenir sur le plan financier. La masse salariale de l'administration représente environ 70 à 90 milliards de francs CFA par mois. Or si la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest et le FMI ferment le robinet, il ne pourra pas tenir. Il faut également suivre ce qui va se passer au niveau de la CEDEAO dont le président est aussi celui du Nigéria, seul pays capable d'intervenir. Néanmoins il faut se souvenir que quand le Nigéria est intervenu au Libéria il y a eu des dommages collatéraux très importants. Donc, on voit plutôt arriver une confrontation que de la négociation. E.D : Pourquoi à votre avis l'Union Africaine lâche Laurent Gbagbo et pas Omar el-Béchir ?A.G : C'est tout à fait un autre schéma. Omar el-Béchir est inquiété par la Cour Pénale Internationale. Or les Chefs d'Etats africains ont toujours l'impression qu'ils sont en première ligne pour passer devant celle-ci. Alors que les Chefs d'Etats occidentaux ne sont jamais inquiétés. En ce qui concerne Laurent Gbagbo, l'ensemble de l'Union Africaine considère qu'il a perdu les élections. Les deux parties avaient demandé que les élections soient certifiées. Celles-ci ont été les plus chères jamais organisées (300 millions d'euros). Je pense que Laurent Gbagbo avait sous-estimé le report des voix d'Henri Konan Bédié, le troisième homme, sur le candidat Ouattara. Effectivement le Conseil Constitutionnel est seul habilité à pouvoir désigner le vainqueur, néanmoins celui-ci aurait pu invalider les élections et encore une fois toutes les parties s'étaient mises d'accord pour que la commission électorale indépendante prononce les résultats, ce qu'elle a fait. E.D : Pour les gens qui le soutiennent, il est clair que Laurent Gbagbo ne quittera pas le pouvoir et son camp va le soutenir dans sa démarche.A.G : Laurent Gbagbo a fait des élections pur les gagner. Il avait quelques coups d'avance comme le Conseil Constitutionnel au cas où il les aurait perdues. D'autre part il contrôle totalement le Cecos (Centre de commandement des opérations de sécurité) qui est extrêmement équipé et qui tient Abidjan. Et puis son autre Joker c'est les jeunes patriotes qui sont mobilisés. Mais cela reste des atouts à court terme. En revanche, plus la communauté internationale donne l'impression d'avoir élu Alassane Ouattara, plus elle mettra la pression, plus il y aura des relents nationalistes et souverainistes. C'est pour ça qu'il est très important que l'on entende surtout les africains, surtout les ivoiriens.

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