"Laissez-nous partir, nous pouvons y parvenir", fredonne d'une voix flûtée sur un rythme chaloupé Mary Boyoi, une star montante du Sud-Soudan, où les artistes chantent "l'indépendance" à l'approche du référendum de janvier.
Les artistes sont partie intégrante du référendum au Sud-Soudan, vaste région sous-développée nichée au coeur du continent africain qui doit choisir en janvier entre le maintien d'un Soudan unifié ou la sécession.
"Pendant la période d'inscription sur les listes électorales, on a servi de courroie de transmission afin d'encourager la population à s'inscrire", souffle Mary Boyoi, vedette locale qui multiplie les concerts dans différentes régions du Sud.
Plus de trois millions de personnes se sont inscrites sur les listes pour ce scrutin, point d'orgue de l'accord de paix ayant mis fin en 2005 à plus de deux décennies de guerre civile dévastatrice entre le Nord, musulman, et le Sud, en grande partie chrétien.
L'option indépendantiste doit recueillir une majorité simple et au moins 60% des électeurs inscrits doivent voter pour que le résultat soit valide.D'où l'importance des chanteurs populaires pour exalter la population.
"Ma chanson +let us go+ (laissez-nous partir) évoque la séparation (...) J'aime beaucoup mes frères et soeurs du Nord-Soudan, j'ai beaucoup d'amis là-bas, mais je pense qu'il est préférable de nous séparer", dit la chanteuse au rire contagieux, mais au passé sombre.
"Mon père est mort en 1988 (pendant la guerre) et m'a dit une chose que je n'ai jamais oubliée: +Lorsque la guerre a commencé, la population du Sud-Soudan était jeune et les Nordistes n'écoutaient pas ce que nous avions à dire+.En grandissant, notre génération a bien vu que l'unité n'était pas attrayante, c'est pourquoi nous disons +laissez-nous partir+", ajoute-t-elle.
Et Mary n'est pas la seule.Les chansons pro-sécession, aux titres explicites comme "Unité, non!Séparation, oui!" de Peter Garang, pullulent sur les radios locales du Sud-Soudan.
"C'est la saison du référendum et c'est la seule chose à laquelle nous pensons.Nous attendons ça depuis 40 ans.Alors, nous devons faire tout notre possible pour que la population capte le message", explique Lam Tungwar, mandibule carrée, rastas colorés, et cravate safranée.
Ce rappeur et producteur organise des concerts et des marches afin de galvaniser la jeunesse sud-soudanaise à l'approche du référendum."Les gens ici écoutent davantage les artistes que les politiciens", assure-t-il.
Si la jeunesse éduquée du Sud-Soudan parle l'anglais et palabre l'arabe vernaculaire, dans les campagnes, le dialecte reste roi."Une grande partie de la population est illettrée, elle ne parle ni anglais, ni arabe, alors c'est à nous de chanter dans les dialectes afin d'être compris", dit-il.
Cinq ans après la fin de la guerre civile, l'industrie culturelle sudiste, plus en phase avec la scène hip-hop que la musique arabe nordiste, demeure balbutiante.
Les artistes locaux enregistrent encore souvent au Kenya, en Ouganda ou en Ethiopie, ne vendent presque pas d'albums, et vivent de leurs concerts.Un parcours aux antipodes de stars internationales sud-soudanaises comme Emmanuel Jal, un ex-enfant soldat devenu une étoile de la galaxie hip-hop.
Ce dernier a lancé le vidéo-clip percutant "We want peace", avec les apparitions de Peter Gabriel, Alicia Keys et George Clooney.
"Je vais voter pour la séparation et c'est mon choix personnel mais la paix est ce qu'il y a de plus important, que nous options pour la sécession ou l'unité", philosophe l'artiste."Nous aurons besoin les uns des autres, ce n'est pas parce que nous nous séparons que nous serons ennemis", souffle Mary.
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