Trois présidents ouest-africains sont venus parler mardi avec Laurent Gbagbo pour le convaincre de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, sous peine d'intervention militaire, occasionnant le report d'un grand rassemblement pro-Gbagbo prévu mercredi à Abidjan.
Peu avant la rencontre, un convoi de la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire, l'Onuci, a été attaqué à Abidjan par une "foule nombreuse", blessant un Casque bleu avec une machette et incendiant un véhicule de la mission.L'Onuci a été accusée de soutenir militairement Ouattara par Gbagbo, qui a exigé son départ.
"Tout s'est bien passé", s'est borné à dire devant la presse le président béninois Boni Yayi à l'issue d'une rencontre de deux heures et demie avec Laurent Gbagbo au palais présidentiel.M. Yayi était accompagné de ses pairs sierra-léonais et capverdien, Ernest Koroma et Pedro Pires.
Tous trois ont été mandatés par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour porter le message de cette organisation, qui envisage d'aller jusqu'à renverser militairement Gbagbo s'il ne cède pas sa place à Ouattara, reconnu président à l'extérieur.
Après leur rencontre avec Gbagbo, ils ont échangé pendant environ trois heures avec Ouattara dans le grand hôtel qui lui sert de quartier général, soumis à un blocus des forces loyales à son rival.
Le porte-parole du gouvernement Ouattara, Patrick Achi, a affirmé que "le statut de président de la République d'Alassane Ouattara (n'étant) pas négociable", "il s'agit maintenant de négocier les conditions de départ de l'ancien président Laurent Gbagbo".
La visite des trois chefs d'Etat a été invoquée pour annoncer le report sine die d'un grand rassemblement de "jeunes patriotes", fervents partisans de Gbagbo, initialement prévu mercredi dans la capitale économique.
"Il y a report pour donner une chance à la diplomatie en marche", a déclaré à l'AFP leur leader Charles Blé Goudé, ajoutant qu'il ne voulait pas donner à ses adversaires "l'occasion de réussir leur guerre civile".
Pendant plus d'une semaine, Blé Goudé avait pourtant mobilisé ses troupes lors de meetings dans différents quartiers d'Abidjan en vue de cette manifestation pour "la dignité et la souveraineté" de la Côte d'Ivoire.
Le Conseil constitutionnel ivoirien a proclamé Laurent Gbagbo vainqueur de la présidentielle du 28 novembre, invalidant les résultats de la Commission électorale indépendante qui venait d'annoncer la victoire d'Alassane Ouattara.
Gbagbo, qui prend "au sérieux" les menaces de la Cédéao, a dénoncé un "complot" de l'ex-puissance coloniale française et des Etats-Unis.
Mardi soir, son gouvernement a menacé de renvoyer des ambassadeurs de pays qui, à la demande de Ouattara, "entendent mettre fin à la mission" de ses propres représentants, visant principalement et sans la nommer la France, où un ambassadeur nommé par Ouattara est en cours d'agrément.
Le camp Gbagbo a averti qu'une opération armée de la Cédéao, accusée d'être manipulée par les Occidentaux, aurait des conséquences pour les millions de ressortissants ouest-africains vivant en Côte d'Ivoire qui reste, malgré dix ans de crise politico-militaire, une puissance économique régionale.
La période post-électorale a été particulièrement violente, faisant au moins 173 morts du 16 au 21 décembre, essentiellement des partisans de Ouattara, selon l'ONU, 53 morts depuis fin novembre, selon le camp Gbagbo, dont 14 membres des Forces de défense et de sécurité (FDS, loyales à Gbagbo).
Un appel à la grève générale du camp Ouattara pour pousser Laurent Gbagbo à céder la présidence a été mieux suivi mardi qu'à son premier jour lundi, et s'est traduit notamment à Abidjan par une forte réduction des transports collectifs.
"Nous avons reçu des instructions fermes de nos patrons d'Abidjan.La grève est nationale et tous les chauffeurs de taxi de San Pedro ont respecté le mot d'ordre", a déclaré Moussa Touré, un responsable du Syndicat des chauffeurs de taxi de cette ville du sud-ouest, premier port d'exportation du cacao au monde.
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