"Nous avons commencé à nous battre pour l'indépendance les mains vides", se souvient le chef de la première rébellion sudiste, Joseph Lagu.A 79 ans, il se prépare à voter pour la sécession du Sud-Soudan, son rêve de toujours.
La première guerre civile entre le nord et le sud du Soudan remonte à 1955 et la mutinerie de Torit, ville sudiste, un an avant l'indépendance du Soudan, jusqu'alors placé sous un condominium anglo-égyptien.
A l'époque, les Sudistes craignaient de tomber sous un autre joug, celui des Arabes du Nord-Soudan, en cas d'indépendance du Soudan uni.
Après quelques années de conflit larvé, la guerre Nord-Sud s'intensifie au début des années 60, mais les rebelles sudistes étaient alors sans argent et sans armes.
"Nous avons commencé à nous battre pour l'indépendance les mains vides", se remémore Joseph Lagu, qui avait quitté son poste de lieutenant dans l'armée en 1963 pour prendre les commandes d'une rébellion tournée vers la partition du Soudan.
"Nous ne voyions aucune autre option que de nous battre pour le droit de notre peuple à vivre en toute liberté", souligne depuis la capitale sudiste Juba le père de la rébellion de "l'Anyanya", du nom du venin dans lequel les chasseurs trempaient la pointe de leur flèche.
"Nous n'avions que trois fusils à l'époque.Moi-même je n'avais pour seule arme qu'une machette", se souvient le vieil homme.
"Nous savions que notre cause était juste, mais nous n'avions pas de moyens", explique Joseph Lagu, qui avait reçu sa première cargaison d'armes du Congo, avant d'obtenir le soutien d'Israël, après que Khartoum eut soutenu l'Egypte dans la guerre des Six jours en 1967.
"J'avais écrit au Premier ministre israélien, je flattais son ego en lui disant: +je suis heureux que vous, le peuple élu de Dieu, ayez battu les Arabes", dit-il.
"Et puis j'ai ajouté: +moi aussi je me bats contre les Arabes, donc si vous nous fournissez des armes, je vais neutraliser les forces soudanaises qui ne pourront donc plus soutenir l'Egypte contre vous".La lettre a fait son effet.
La rébellion de l'Anyanya a reçu des armes et ainsi fédéré des milliers de Sudistes."Les gens accouraient de toutes les région du Sud, à la fin nous avions environ 18.000 hommes armés", se félicite-t-il.
La rébellion de Joseph Lagu a finalement signé en 1972 à Addis Abeba la paix avec le gouvernement de Khartoum, qui avait laissé le Sudiste Abel Alier le représenter aux pourparlers de paix.
Selon les estimations, environ 500.000 personnes sont mortes pendant cette première guerre civile Nord-Sud."Au Soudan, le Nord a une aversion pour le mot +fédération+ et le Sud une obsession pour lui.Ces sentiments très forts se reflètent dans l'accord de paix", a écrit dans ses mémoires M. Alier.
L'accord de paix d'Addis Abeba n'accordait pas aux Sudistes le droit de tenir un référendum d'indépendance, mais leur garantissait la création d'une région autonome du Sud-Soudan.
"Je savais que l'accord ne remplissait pas les attentes de mon peuple, mais je savais aussi que la population avait besoin d'une période de repos", souligne Lagu, aujourd'hui conseiller du chef sudiste Salva Kiir."Si l'ennemi abrogeait l'accord, je savais que la guerre allait repartir".
La dissolution du gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan en 1983 par le pouvoir de Khartoum a plongé le Nord-Sud dans une nouvelle guerre civile à l'origine de deux millions de morts.Elle prendra fin en 2005 avec la signature d'un accord de paix.
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