"Nous crions, brûlons, cassons" car c'est le seul langage qu'ils comprennent."De cette vie sans lendemain, nous n'en pouvons plus.Nous n'en voulons plus", clame "Johnny", déterminé vendredi encore à en découdre dans son quartier algérois de Bab el Oued.
Ce quartier densément peuplé, considéré comme le coeur de toutes les révoltes d'Algérie, a vécu ces deux dernières nuits des émeutes extrêmement violentes contre la vie chère et l'augmentation soudaine des prix de première nécessité au 1er janvier.
Avec leurs jets de pierres, feux d'artifices allumés à 3 mètres de la cible, sabres et bâtons, ces jeunes ont attaqué un commissariat mercredi, incendié nombre de commerces qu'ils ont vidés aux petites heures du matin "sans rencontrer la moindre opposition de la police", ont affirmé plusieurs témoins.
Face à eux, les forces de l'ordre, en nombre, ont fait un large usage de canons à eau, de gaz lacrymogènes et de balles à blanc, "de crainte de faire des martyrs", selon les mots d'un Algérois rompu aux manifestations.
Il demeurait impossible vendredi d'avoir un quelconque bilan d'éventuelles victimes.
"Johnny", casquette vissée sur la tête, 18 ans, fume et prend un air de caïd entouré de camarades du même âge.Ils ne veulent pas révéler leur identité et fustigent tout ce qui représente l'autorité du pays.
Appuyés contre le mur d'un bâtiment sur la fameuse placette des Trois Horloges, l'un des lieux les plus chauds des émeutes, ils aiguisent leur agressivité avec des gros mots pour "réveiller les sourds à la misère du peuple".
"Il faut leur servir de la violence.Ils veulent qu'on les écoute et ils nous écoutent pas", lance "Johnny", comme "Johnny Cash, dit-il, mais sans le cash"...
"Nous n'avons ni travail, ni avenir.Et maintenant on ne peut même plus manger", lance le plus grand du groupe, barbe parsemée et os saillants.
Il éclate de rire lorsqu'on lui demande son nom et se contente de dire: "Ecoutes, plutôt.Les carottes, tu les paies maintenant 45 dinars le kilo (environ 45 centimes d'euro), les patates 75 dinars et moi on me paie 800 dinars par jour (moins de 8 euros), quand il y un patron qui veut bien de moi pour conduire son camion".
Le petit groupe se tait à l'approche de "deux paires d'oreilles", selon l'expression de l'un d'eux.
Car si la police en uniforme se voit, elle ne paraît pas massivement dominer le quartier.En revanche, à tous les coins de rue, des policiers en civil sont armés et entourés d'une armada d'informateurs, a constaté la journaliste de l'AFP.
Plus à l'est sur les hauteurs algéroises, des jeunes surveillent Belcourt, quartier densément peuplé où les affrontements ont à nouveau éclaté vendredi en fin d'après-midi.
Abdou, 24 ans, ne va pas se battre avec eux."Je ne le fais pas parce que je suis seul à vouloir le faire, dit-il entouré de quatre copains.Mais je les comprends", dit cet étudiant, convaincu que son gouvernement "prive son peuple et sa jeunesse d'avenir".Quelque 75% des Algériens ont moins de 30 ans.
Abdelnour, 24 ans également, chômeur, marié, un enfant, attend la suite des événements."Les jeunes d'aujourd'hui, dit-il, ne sont pas comme ceux de la révolte de la Faim en octobre 1988.Ils sont bien plus violents".
"Ils ont tout à gagner s'ils arrachent l'argent des gros de ce pays, riche en milliards de dollars de pétrole", ajoute cet ancien vendeur.
Mais pour le ministre algérien de la Jeunesse et des Sports Hachemi Djiar, les jeunes qui ont saccagé des édifices publics et des commerces devraient plutôt "réfléchir et voir tout ce qui a été réalisé en Algérie".
La violence, a-t-il dit, "n'a jamais donné de résultats".
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