"Ce qui est fait, n'est pas assez", a déclaré Maria Grazia Giammarinaro, au terme d'une visite de huit jours au Nigeria, pays le plus peuplé du continent africain et dont 18.000 ressortissants sont arrivés sur les côtes italiennes en 2017, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le nombre d'arrivées en Europe a fortement baissé pour les six premiers mois de l'année 2018, mais "malheureusement, il n'y a aucune indication d'une baisse du trafic des êtres humains" sur place, note la rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains. En réalité, les personnes "recrutées" ou "volontaires" au départ "tombent entre les mains des trafiquants dans les pays de transit, pour l'immense majorité d'entre eux", et sont victimes "de toutes sortes de violations des droits de l'Homme, torture, viol, extorsion d'argent...". Face au manque de routes de migration sécurisées, 36.000 Nigérians étaient toujours bloqués en Libye et au Niger en décembre dernier, selon l'OIM. L'agence nigériane de l'immigration estime que 10.000 ressortissants sont morts en Méditerranée et dans le désert du Sahara entre janvier et mai 2017.La rapporteuse note que la traite des êtres humains au Nigeria ne concerne pas seulement les départs vers l'Europe, mais qu'il y a des départs vers "la Russie, les pays du Golfe et les pays d'Afrique australe, principalement pour l'exploitation sexuelle et du travail", ainsi que des campagnes vers les villes au sein même du Nigeria. Soulignant l'existence "unique" d'une unité de police nigériane spécialisée dans le trafic des êtres humains (NAPTIP), Mme Giammarinaro a dit toutefois regretter "le manque de ressources mises en oeuvre, de formation, et d'équipements dans les institutions publiques" dévolues à ce combat. "Le Nigeria est le plus grand producteur de pétrole d'Afrique, et le sixième plus important au monde avec 2,5 millions de barils exportés chaque jour", a dénoncé l'émissaire de l'ONU. "Et pourtant, d'après le bureau national des statistiques, 64% des Nigérians vivent sous le seuil de pauvreté.""Avec la richesse que ce pays génère, le gouvernement du Nigeria ne peut pas laisser son peuple à la traîne", a-t-elle martelé, soulignant que le pays dépendait "trop d'autres acteurs", internationaux ou de la société civile. Mme Giammarinaro estime que plus de travail doit être fait dans la prévention au départ, mais également dans la poursuite judiciaire des coupables. 362 trafiquants ont été condamnés depuis 2004, tandis que le nombre de victimes et de plaintes reçues s'élèvent à 13.186, selon la NAPTIP. "Mais il n'existe aucune estimation de la dimension réelle de la traite humaine dans ce pays", d'après Mme Giammarinaro.
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