Wardi, le coeur brisé d'un Soudanais ayant chanté un demi-siècle d'unité

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KHARTOUM (AFP)

Véritable icône de la musique soudanaise, Mohammed al-Wardi a passé un demi-siècle à chanter l'unité du plus grand pays d'Afrique.Aujourd'hui, il a le coeur brisé par la partition prévue de son pays, comme si son Soudan s'effondrait sous ses yeux.

"Pour moi en tant qu'artiste ayant chanté pour l'unité pendant 54 ans, ce qui se passe actuellement est trop difficile.Je suis triste et j'espère que si le Sud choisit la séparation, un jour il se réunira avec le Nord", dit à l'AFP M. al-Wardi, aujourd'hui âgé de 81 ans.

Le doyen des chanteurs soudanais, qui a commencé sa carrière prolifique juste après l'indépendance du pays en 1956, remplit toujours les salles lors de ses rares concerts.

Le soir du Nouvel An, plus d'un millier de personnes sont ainsi venues dans un club de Khartoum pour se laisser bercer par sa voix.Le vieil homme, un Nubien qui a besoin de deux personnes pour le soutenir lorsqu'il se déplace, est apparu sur scène peu après 01H00 du matin, devant une foule enchantée.

"Tout le monde aime Mohammed Wardi, c'est le musicien le plus apprécié au pays.Il chante sur le Soudan, la politique.C'est un communiste, et il a toujours plaidé pour l'unité du pays", s'extasie Mai, une mère de famille et fan inconditionnelle.

Plus qu'un chanteur, Mohammed al-Wardi est aussi quelqu'un d'éminemment politique, ce qui lui a causé de nombreux problèmes.Au début des années 70, il a même fait de la prison.Le pouvoir lui reprochait de soutenir les auteurs d'une tentative de coup d'Etat.

Il a ensuite soutenu publiquement le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), les ex-rebelles sudistes à la tête aujourd'hui du Sud-Soudan, région qui se prononce cette semaine sur son indépendance.

Au Soudan, les communistes sont avant tout des laïcs.C'est pourquoi pendant la guerre civile, plusieurs militants communistes nordistes avaient soutenu le projet d'un "nouveau Soudan", laïque et fédéral, du leader sudiste John Garang décédé après avoir signé la paix en 2005.

Et avec le spectre de la séparation du Soudan, les laïcs du Nord craignent le renforcement de la loi islamique, la charia, promis par le raïs soudanais.

Wardi a d'ailleurs passé une décennie en exil après l'arrivée au pouvoir d'Omar el-Béchir à la faveur d'un coup d'Etat militaire soutenu par les islamistes.

S'il venait à écrire de nouvelles chansons aujourd'hui, ce serait pour dire que "le Soudan est un vaste pays avec une variété de cultures, qui ne peut pas être gouverné par une tradition, un parti, une religion et un homme", assure-t-il.

Surtout, il décrirait la "réalité" de la vie au Soudan: "Je dirais que ce n'est pas l'islam politique qui va résoudre les problèmes du Soudan.Je chanterais à propos de la pauvreté et la maladie", ajoute le chanteur.

"Et peu importent les lois imposées, je pense que rien ne peut empêcher les artistes de fleurir.Il est vrai que ces lois peuvent avoir un impact sur le développement des arts, mais elles ne peuvent pas mettre fin aux arts", estime le vieil homme.

Pour Ahmed, un Soudanais âgé de 24 ans nourri à la musique d'al-Wardi, son idole incarne la diversité soudanaise, car le chanteur est Nubien, un peuple ancien du Nord-Soudan, et non pas arabe.

"Lorsque al-Wardi venait à Khartoum à ses débuts, il chantait en nubien, puis il a commencé à chanter en arabe et a su gagner le coeur des Soudanais au point de devenir une légende", explique le jeune homme.

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