L'Union européenne, après les Etats-Unis, a haussé le ton lundi à l'égard de Tunis après la répression violente des mouvements sociaux, conditionnant les négociations sur des relations renforcées avec ce pays à un meilleur respect des droits de l'Homme.
La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé à la "libération immédiate" des manifestants emprisonnés, alors que la révolte que connaît le pays depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes.
Ces violences ont fait 14 morts selon le gouvernement tunisien et plus de 20 selon des sources de l'opposition.
"Nous appelons à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales.Nous appelons en particulier à la libération immédiate des blogueurs, journalistes, avocats et autres personnes détenues, qui manifestaient pacifiquement en Tunisie", a déclaré sa porte-parole, Maja Kocijancik.
Rappelant que l'UE discutait actuellement avec la Tunisie d'un renforcement de leur relation bilatérale, la porte-parole a souligné qu'une telle perspective "requiert des engagements accrus sur tous les sujets, en particulier dans le domaine des droits de l'Homme et des libertés fondamentales".
Depuis mai 2010 en effet, l'Union européenne, déjà liée à la Tunisie par un accord d'association datant de 1995, négocie en vue de lui octroyer un "statut avancé", à l'instar de celui dont bénéficie déjà le Maroc.
Tunis le demande depuis novembre 2008.Ce statut permet notamment d'intensifier le dialogue politique et les relations commerciales.La Tunisie bénéficie déjà d'importants financements européens dans le cadre de la politique de voisinage de l'UE.
En donnant le coup d'envoi des négociations sur le statut avancé en mai, le commissaire européen Stefan Füle avait souligné l'accord des deux parties pour dire qu'il "n'y a pas de tabous", y compris sur les questions de droits de l'Homme et les libertés fondamentales.
Les négociations en vue d'un statut avancé devaient également aborder la question des flux migratoires, avait aussi estimé M. Füle.
A Paris, la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH) a réclamé lundi la suspension des négociations sur le "statut avancé", à la suite des violences.
Ancienne puissance coloniale, la France, est elle aussi sortie lundi de son silence en déplorant les violences.Un porte-parole du Quai d'Orsay a appelé "à l'apaisement".
Dès la semaine dernière, Washington avait exprimé sa préoccupation devant les troubles sociaux en Tunisie et convoqué l'ambassadeur tunisien, Mohamed Salah Tekaya, pour lui demander le respect des libertés individuelles notamment en matière d'accès à l'internet.
Un responsable américain s'était notamment inquiété de "ce qui ressemble à une ingérence du gouvernement tunisien dans l'internet, particulièrement dans les comptes Facebook".
Facebook, le réseau social au demi-milliard de membres, avait en effet alerté l'administration américaine d'un piratage informatique dont il avait été victime.
Les émeutes sont parties de Sidi Bouzid, après le suicide le 17 décembre d'un vendeur ambulant sans permis qui s'était immolé pour protester contre la saisie de sa marchandise de fruits et légumes.
Mohamed Bouazizi, 26 ans, soutien de famille, est devenu le symbole d'une révolte sans précédent contre la précarité sociale et le chômage qui a gagné d'autres régions, où actes suicidaires, grèves et manifestations se sont multipliés.
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