Chômage technique des industries, restaurants cuisinant sur un feu en plein air, épiceries éclairées à la bougie...Faute d'électricité, les Zimbabwéens ont recours au système D pour s'en sortir, inquiets de voir la fragile reprise économique du pays menacée.
"C'est catastrophique!On avait l'habitude de pleurer sur la situation politique mais le problème de l'énergie est certainement le plus épineux aujourd'hui", estime Joseph Kanyekanye, président de la Confédération des industries zimbabwéennes.
Des usines travaillent la nuit, lorsque les coupures se font moins fréquentes.Dans le secteur minier, le plus important du pays, les générateurs se multiplient pour tenter de maintenir la production.
"Lorsqu'il y a une coupure d'électricité, des heures de travail sont perdues", déplore David Matyanga, économiste à la Chambre des mines."Certaines mines achètent maintenant leurs propres générateurs mais ils coûtent cher et nécessitent beaucoup de gazole".
Dans la vie quotidienne, les Zimbabwéens sont également victimes des délestages.Ils n'achètent plus de grande quantité de nourriture périssable, comme la viande, s'éclairent à la bougie et les plus fortunés investissent aussi dans des générateurs.
Pour couvrir ses besoins énergétiques, le Zimbabwe a besoin de 2.200 mégawatts par mois mais il ne dispose aujourd'hui que de 1.200 MW, importations comprises.Selon le ministre des Finances Tendai Biti, le Zimbabwe devrait pouvoir bénéficier de 1.650 MW dès 2011 grâce à la rénovation de plusieurs centrales.
Construites dans les années 50 par les colons britanniques, elles ont très peu évolué depuis l'indépendance du pays en 1980 malgré la pression démographique.
Pour augmenter les capacités de la principale centrale à charbon d'Hwange et de la centrale hydroélectrique de Kariba dans l'ouest du pays, le gouvernement prévoit un investissement de 800 millions de dollars (600 millions d'euros) mais le financement n'est pas bouclé.
En attendant, "l'écart (entre l'offre et la demande) s'accroît car l'économie commence à se redresser", souligne le porte-parole de la compagnie nationale d'électricité (Zesa) Fullard Gwasira.
"Il y a une très grande augmentation de la demande qui ne correspond pas aux capacités actuelles", ajoute-t-il, en estimant que le Zimbabwe pourrait facilement consommer 3.000 MW par mois si les capacités étaient suffisantes.
La formation d'un gouvernement d'union entre le président Robert Mugabe et son rival Morgan Tsvangirai, devenu Premier ministre, ainsi que l'abandon de la devise nationale au profit du dollar, début 2009, ont permis de relancer l'économie qui s'était effondrée à partir de 2000.
Après des années de récession, l'ancien grenier à céréales d'Afrique australe a pu renouer en 2009 avec la croissance (4,7%) qui devrait s'élever cette année à 9,3%, selon M. Biti, si le gouvernement d'union parvient à surmonter ses profondes divergences.
"Les gens risquent de perdre espoir de maintenir la croissance de 2009 si rien n'est fait pour la soutenir", prévient le président de la Confédération des industries, dont le secteur ne fonctionne qu'à 33% de ses capacités.
"L'énergie et les autres services publics favorisent la croissance économique.Si on ne s'y attaque pas, ce qu'on a vu éclore grâce à la dollarisation, au nouveau gouvernement, à la paix...peut facilement disparaître", prévient-il.
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