Minoritaires dans le Nord du Soudan, des chrétiens se disent préoccupés par la promesse du président Omar el-Béchir de renforcer la loi islamique en cas de sécession du Sud-Soudan, qui vote jusqu'à samedi sur son indépendance.
"Avant le référendum, on avait une sorte d'équilibre dans le pays entre chrétiens et musulmans.Après la sécession, nous ne formerons plus qu'une toute petite minorité", affirme un médecin chrétien ne souhaitant pas être nommé.
"Je crains qu'à un moment, nous soyons considérés comme des étrangers.Qui nous dit qu'on ne va pas nous demander de partir?", s'inquiète-t-il.
Valide jusqu'en juillet, la Constitution intérimaire adoptée en 2005 à la fin de la guerre entre le Nord, majoritairement musulman, et le Sud, en grande partie chrétien, reconnaît le caractère "multiethnique", "multiculturel", et "multiconfessionnel" de l'Etat soudanais.
Selon le dernier recensement, 520.000 Sud-Soudanais, en majorité chrétiens, vivent dans le Nord.Les Sudistes estiment toutefois leur nombre à environ 1,5 million.A ces Sudistes chrétiens, s'ajoute une minorité copte, concentrée à Khartoum, et des poches de chrétiens dans les Monts Nouba et dans l'Etat du Nil Bleu.
Mais alors que l'indépendance du Sud semble inéluctable, M. Béchir a promis qu'il allait faire de la charia "l'unique source de la Constitution".
Officiellement, les responsables chrétiens disent ne pas être inquiets et rappellent qu'ils vivent sous la charia depuis son instauration en 1983 par le président de l'époque, Jaafar al-Nimeiri.
"Nous ne nous attendons pas à ce que la charia soit utilisée d'une manière qui nuise" aux non-musulmans, affirme l'évêque copte de Khartoum, Anba Elia.
Mais certains craignent de devoir se faire encore plus discrets, alors qu'ils estiment déjà être traités comme des citoyens de +seconde zone+.Les chrétiens se plaignent en effet de discriminations, la construction d'églises étant par exemple limitée.
Hafez Ramsis Hakim, un responsable de l'administration de trois églises, dont celle de Mar Girgis, affirme ne pas craindre pour sa communauté mais n'écarte pas que la présence chrétienne se réduise comme peau de chagrin.
"Auparavant, on ne pouvait pas entrer dans une banque sans trouver au moins cinq ou six chrétiens.Aujourd'hui, leur présence s'est considérablement réduite" en général, affirme-t-il.
"Nous sommes préoccupés, certes, mais nous n'avons pas peur.Mais il est vrai que nous sommes, indubitablement, des citoyens de seconde zone", dit un responsable de la communauté copte, qui préfère s'exprimer sous le couvert de l'anonymat "pour parler librement".
M. Béchir a également indiqué que les Sud-Soudanais seraient considérés comme des étrangers dans le Nord après une éventuelle partition."C'est logique", dit d'un ton résigné James Okuc, un jeune Sudiste travaillant à Khartoum."S'il y a sécession, je me sentirai obligé de partir".
Certains pensent toutefois que les déclarations de M. Béchir sur la charia ont un autre but."C'est un message indirect aux Etats-Unis.Le raïs veut dire à Washington: +si vous persistez à ne pas vouloir lever les sanctions contre le Soudan, voilà la direction dans laquelle on ira, celle de l'extrémisme+", soutient le responsable copte.
Mais pour le professeur en sciences politiques Al-Tayeb Zein al-Abdine, le pouvoir est juste "à la recherche de nouveaux slogans" dans cette période difficile.
Le discours de M. Béchir "n'est rien d'autre qu'une réaction enflammée à la sécession.Et même si la Constitution est amendée, sur le terrain, rien ne changera", assure-t-il.
Mardi, Abdelwahid Nour, le chef historique de la rébellion du Darfour (ouest), a appelé à mettre fin au "régime de talibans" à Khartoum, jugeant que seul un Etat laïque au Nord-Soudan pourrait préserver son unité après une sécession du Sud.
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