Longtemps un hameau peuplé de chèvres, Juba est devenue après la fin de la guerre civile entre le nord et le sud du Soudan une ville en plein boom économique où les huttes côtoient des hôtels en béton.Prochaine étape: devenir la capitale d'un Sud-Soudan indépendant.
"Ceux qui reviennent après sept ans d'absence disent: +Ah, c'est ça Juba+.Le petit village se réveille, il pousse, et c'est très bien comme ça", dit avec un large sourire Joseph Bassa, 68 ans, assis à l'ombre d'un garage.
Cet enseignant à la retraite a vécu à Juba pendant les 30 dernières années et a encore gravé dans la mémoire le souvenir du hameau infesté de moustiques, sans infrastructures, peuplé par une poignée d'habitants.
Pendant une grande partie de la dernière guerre civile Nord-Sud, qui a fait deux millions de morts entre 1983 et 2005, Juba a servi de garnison aux forces armées soudanaises (nordistes).Depuis la fin du conflit, la ville pousse comme un champignon.
"Il y a quatre ans, ici, il n'y avait presque pas de voitures, maintenant il y a des bouchons", constate Michael, un chauffeur de +Boda-Boda+, ces motos-taxis qui se faufilent entre les voitures sur les nouvelles artères bitumées de Juba comme sur ses rues tortueuses en terre battue.
Encore aujourd'hui, des troupeaux de vaches aux cornes courbées s'invitent dans la circulation, toisant du regard les chauffeurs de 4x4 de l'ONU, des ONG, des responsables gouvernementaux et des hommes d'affaires qui se bousculent au portillon de la ville.
"Juba est encore une petite ville, mais elle croît rapidement", explique Jeff Opyio, gérant du restaurant Da Vinci, une vaste terrasse sur la rive occidentale du Nil blanc où un chanteur congolais, ayant vécu des années en Belgique, chante "Let it be" des Beatles...en français.
A deux pas de là, des enfants se baignent dans le célèbre fleuve.A l'horizon, la rive orientale du fleuve, complètement vierge, la brousse.
"Je sais que plusieurs investisseurs rêvent d'investir ici, et je suis convaincu qu'il y aura de plus en plus d'étrangers qui viendront à Juba très bientôt", dit M. Opyio.
De longues files d'attente étaient toujours observées mardi 11 janvier devant les bureaux de scrutin, au troisième jour du référendum d'indépendance du Sud-Soudan qui devrait mener à la création d'un nouveau pays sur le continent africain.Images.Durée: 00:35.
Le Sud-Soudan, région sous-développée plus grande que la France sise sur une manne pétrolière estimée à plus de cinq milliards de barils, se prononce depuis dimanche, et jusqu'au 15 janvier, sur son indépendance.
Dans le cas plus que probable d'une victoire de l'option sécessionniste, Juba deviendrait dès juillet la capitale d'un nouveau pays, le 193e au monde et le 54e en Afrique.
"Juba devra changer afin d'être à la hauteur de son statut en tant que capitale d'un nouveau pays", explique à l'AFP Jema Nunu Kumba, ministre sudiste de l'Aménagement urbain.La ville ne compte que de rares routes goudronnées, un aéroport sommaire et un accès limité à l'eau potable.
A côté de l'hôtel Juba, un bâtiment en ruine squatté par des familles sans-le-sou, où selon la légende locale la reine Elizabeth a séjourné au début des années 50, l'aristocratie coloniale a cédé sa place à une ribambelle d'enfants dépenaillés.
Des habitants ont reçu leur avis d'éviction pour le mois prochain.
"Des services d'hygiène doivent être prévus, la ville s'étend, nous devons prévoir des endroits à l'extérieur de la ville où la population pourra habiter", dit la ministre.
Et pour s'assurer de ne pas créer de futurs bidonvilles à Juba, les autorités du Sud-Soudan doivent développer les villages afin d'endiguer l'exode rural."Tout cela nécessitera du temps et de la patience", prévient-elle.
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