Tunis restait quadrillée jeudi par les forces spéciales après une première nuit de couvre-feu alors que les affrontements dans une banlieue de la capitale tunisienne ont fait un mort et d'importants dégâts.
L'armée s'est retirée jeudi de la capitale où elle s'était déployée 24 heures auparavant alors que le pays reste plongé dans une contestation inédite du régime qui a fait des dizaines de morts depuis un mois.
Selon la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH), au moins 58 personnes ont été tuées depuis le début des troubles en Tunisie, à la mi-décembre, et l'organisation a dénoncé "un massacre qui continue".
Jeudi, des blindés et des unités d'intervention de la police ont remplacé ceux de l'armée sur l'avenue centrale Habib Bourguiba et sur la place Barcelone, et seuls deux véhicules de l'armée avec des soldats en armes étaient encore postés devant l'ambassade de France.Des cars remplis de policiers anti-émeutes stationnaient dans les rues latérales menant à l'avenue principale.
Le retrait de l'armée intervient après de violents affrontements entre forces de sécurité et des jeunes dans la nuit de mercredi à jeudi dans deux quartiers de la périphérie de Tunis, malgré le couvre-feu imposé dans la capitale et ses environs.
Les autorités tunisiennes ont décrété mercredi à Tunis et sa banlieue un couvre-feu nocturne pour une durée illimitée, la première mesure de ce genre depuis l'arrivée au pouvoir du président Zine El Abidine Ben Ali en 1987.
Les violences, dans la cité d'Ettadhamen (banlieue ouest de Tunis), ont fait un mort, selon un témoin."Magid Nasri, un jeune de 25 ans, a été mortellement blessé par des tirs de la police, une heure environ avant le couvre-feu", a indiqué ce témoin, un habitant de la cité.
Aucun bilan officiel n'a été publié sur les violences qui se sont déroulées dans cette cité et à celle attenante de Intilaka où vivent quelque 30.000 habitants et situées à environ 15 km du centre de Tunis-.
"Toute la nuit, on a entendu des tirs, des cris et des bruits de casse", a déclaré à l'AFP une infirmière.Elle a expliqué que "les incidents ont démarré hier après-midi pendant un rassemblement qui a ensuite dégénéré en affrontements violents entre forces de sécurité et des jeunes".
Des habitants se sont déclarés "ahuris" par l'ampleur des dégâts dans cette banlieue de Tunis où des commerces ont été saccagés, des locaux municipaux endommagés, des abris de bus détruits, et un bus incendié.
Le gouvernement du président Zine El Abidine Ben Ali - au pouvoir depuis 23 ans - a pourtant tenté de calmer le jeu, avec le limogeage du ministre de l'Intérieur et la libération de toutes les personnes arrêtées, à "l'exception de ceux qui sont impliqués dans des actes de vandalisme".
Jeudi, des dispositifs de sécurité renforcés étaient visibles sur la route conduisant au palais présidentiel à Carthage, interdite à la circulation automobile.Des blindés des forces spéciales d'intervention de la police et des camions de l'armée étaient également déployés dans la banlieue nord cossue de Tunis.
Sur le campus Universitaire de Tunis des enseignants se sont rassemblés jeudi pour protester contre l'"assassinat" d'un professeur d'informatique à l'Université de Compiègne (nord de la France), Hatem Bettahar, un franco-tunisien, tué par des tirs de la police mercredi à Douz (sud).
A Tunis même, des journalistes étrangers interrogeaient des passants dans la rue devant de nombreux policiers en civil.Dans les cafés ouverts, les terrasses habituellement bondées étaient dégarnies, des clients échangeant à haute de voix au sujet des affrontements de la nuit dernière en banlieues.
Dans une boutique de l'opérateur Orange, un agent s'apprêtait à baisser les rideaux, un épicier en faisant de même."Il y a de la casse, il faut être prudent", a-t-il déclaré devant son dernier client.
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