"Les médecins sur l'ensemble du pays ne se rendront pas au travail tant que leurs revendications ne seront pas satisfaites", ont averti dans un communiqué la Junior Doctors Association of Sierra-Leone (Judasil) et la Sierra Leone Medical and Dental Association (SLMDA)."Je n'ai encore vu aucun docteur, mais j'attends qu'un médecin nigérian vienne m'ausculter", explique Nancy Kargbo, la cinquantaine, recroquevillée depuis quatre heures dans sa chaise roulante aux portes de l'hôpital Connaught, le plus grand établissement public de la capitale Freetown.D'autres patients se sont dirigés vers des cliniques privées, "mais moi, je suis trop pauvre", a-t-elle ajouté, alors quelques dizaines de personnes attendaient devant les portes de l'hôpital."En raison de l'absence des médecins, on propose des soins infirmiers aux patients", a expliqué une responsable de l'hôpital, Agnes Lakkoh. L'établissement a également fait appel à cinq médecins nigérians et six britanniques.Les deux syndicats avaient posé un ultimatum de 21 jours au gouvernement, qui s'est achevé lundi sans avancée, selon le communiqué."Ces deux dernières années, nous avons alerté le gouvernement à de nombreuses reprises sur le manque d'infrastructures de santé en Sierra Leone, mais rien n'a été fait", a dénoncé Mamadou Balde, secrétaire général de la Judasil, interrogé par l'AFP. "Ici, nous n'avons qu'un médecin pour 100.000 habitants. C'est le pire ratio au monde. C'est inacceptable", a-t-il ajouté, en soulignant que les hôpitaux manquaient de machines de dialyse, de cylindres à oxygène et de chambres."Dans certains hôpitaux de Freetown, deux à trois personnes s'entassent dans un seul lit", a souligné M. Balde. De nombreux praticiens ont quitté le pays pour bénéficier de meilleures conditions de travail, tandis que d'autres se sont tournés vers le privé. Le pays manque en outre de spécialistes, puisque "80% de nos 300 médecins sont des généralistes", a souligné Mamadou Balde. "Le ministère de la Santé est informé de la grève des médecins et des négociations sont en cours pour répondre à leurs demandes", a indiqué à l'AFP le porte-parole du ministère, Solomon Rogers.La Sierra Leone est confrontée aux "taux de mortalité maternelle et infantile le plus élevé du monde, alors que ses hôpitaux manquent des infrastructures de base, nécessaires aux soins les plus élémentaires", ont récemment reconnu les services du ministère de la Santé.L'économie de cette ancienne colonie britannique d'Afrique de l'Ouest, gangrenée par la corruption, a été dévastée par une guerre civile (1991-2002) qui a fait quelque 120.000 morts. Elle reste fragile après les chocs de l'épidémie d'Ebola en 2014-2016 et de la chute des cours mondiaux des matières premières.
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