Des manifestations réclamant le départ du président Zine El Abidine Ben Ali se sont poursuivies vendredi à Tunis et dans plusieurs villes de province, refusant la main tendue la veille par le chef de l'Etat pour mettre fin à l'escalade d'une contestation sans précédent.
Dans la capitale, des centaines de personnes ont défilé dans la matinée sur l'artère principale, l'Avenue Bourguiba, sans être inquiétés par la police.
"Non à Ben Ali", "Soulèvement continu, non à Ben Ali", ont crié les manifestants, dont des avocats en robe noire, en entonnant l'hymne national.
La marche a été bloquée un moment la police avant de pouvoir défiler devant le ministère de l'Intérieur, protégé les forces de l'ordre.
"Le ministère de l'Intérieur est un ministère de la terreur" et "hommage au sang des martyrs" ou encore "non, aux Trabelsi (ndlr: la belle famille du président) qui a pillé le pays", ont également scandé les manifestants.
Dans sa troisième intervention depuis le début d'un mois d'émeutes inédites en 23 ans de pouvoir, le président Ben Ali s'est engagé jeudi soir à partir au terme de son mandat en 2014 et a ordonné la fin des tirs à balles réelles contre les manifestants.
Les troubles et leur répression ont déjà fait au moins 66 morts dans le pays, selon une ONG.
"Je vous ai compris", a martelé à plusieurs reprises le chef de l'Etat, âgé de 74 ans.
Il a également annoncé une baisse des prix du pain, du lait et d'autres produits et services alors que la révolte avait commencé par des protestations contre le chômage et la vie chère avant de prendre un tour politique.
A Tunis, devant le ministère de l'Intérieur, Radia Nasraoui, avocate et activiste des droits de l'homme, était présente pour demander des éclaircissements su le sort de son mari, Hamma Hammami, dirigeant du Parti des ouvriers communistes tunisiens (POCT).
"Nous voulons des actes et non des paroles", a-t-elle déclaré se disant toujours sans nouvelle de son mari arrêté mercredi.
A Sidi Bouzid (sud-ouest) d'où est parti, il y a un mois, le mouvement de contestation, 1.500 personnes ont défilé aux cris de "Ben Ali dehors", tandis qu'à Regueb, une localité proche, 700 personnes aussi ont lancé des slogans hostiles au chef de l'Etat.
A Kairouan (centre), des marcheurs ont crié "Ben Ali dehors", de même qu'à Gafsa, dans le sud-ouest, selon des sources syndicales.
Le syndicat unique avait appelé à une grève de deux heures dans la région de Tunis et des internautes et étudiants se sont aussi mobilisés pour le maintien de rassemblements.
Les sites internet qui étaient bloqués étaient de nouveau accessibles jeudi soir, peu après la promesse du président de garantir "la liberté totale" de l'information et de l'accès au web.
"Ben Ali vous a mis dans la poche, ne baissons pas les bras, continuons le combat pour la liberté!" a déclaré une étudiante sur Facebook.
Jouant l'ouverture après le discours présidentiel à la nation, le ministre tunisien des Affaires étrangères Kamel Morjane a estimé possible la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Interrogé par une radio française sur la possibilité d'un gouvernement d'union nationale, il a répondu: "Avec le comportement de gens comme M. Néjib Chebbi, je crois que c'est faisable, c'est même tout à fait normal".
M. Morjane faisait référence à Mohammed Néjib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP), formation légale d'opposition mais non représentée au Parlement.
Le discours présidentiel avait été plutôt bien accueilli jeudi soir par les différentes composantes de l'opposition, harcelée par le régime.
Mais des sceptiques comme l'avocat et défenseur des droits de l'Homme Mohamed Abbou ont dit ne pas croire le président en déclarant qu'il "se moque des Tunisiens avec des promesses sans lendemain".
Alors que des pillages se sont produits jeudi dans la station balnéaire de Hammamet, prisée par les touristes européens, des voyagistes belges ont décidé d'évacuer d'autorité leurs centaines de clients actuellement en vacances en Tunisie.
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