"Nous sommes la tribu blanche égarée du Sud-Soudan", clame George Ghines, un descendant de commerçants grecs, amer de voir les tombes de ses ancêtres recouvertes d'herbes touffues dans un petit cimetière à l'abandon jonché d'ordures et d'excréments.
"C'est ici que les Grecs enterraient leurs morts.L'endroit est plein de détritus, d'herbes.La dernière fois que je suis venu ici, il y a deux ans, ce n'était pas comme ça.Je suis embarrassé, ces gens sont des pionniers, ils méritent mieux que ça", dit ce seul Sud-soudanais à la peau de lait.
Derrière un commissariat de Juba, un cimetière aux tombes recouvertes de broussaille, entourées d'ordures nauséabondes, se dérobe au regard des passants les plus curieux.Là, sont enterrés certains des commerçants grecs ayant contribué à la fondation de la capitale sudiste au siècle dernier.
A la pointe sud du Sud-Soudan, les Ottomans avaient fondé au 19e siècle le poste de Gondokoro, d'où l'aventurier Samuel Baker a lancé plus tard ses célèbres aventures en quête de la source du Nil, fleuve majestueux qui serpente le plus grand pays d'Afrique.
Les Britanniques établissent au début du 20e siècle, sur les ruines de Gondokoro, le hameau de Juba et y installent des marchands grecs, qu'ils préfèrent naturellement aux commerçants italiens et français associés à des puissances coloniales concurrentes.
Le grand-oncle de George s'est établi au Sud-Soudan en 1905, puis son père s'est établi à Juba en 1938, juste avant la Seconde Guerre mondiale.George, lui, est né en 1966 dans ce qui était alors un hameau infesté de moustiques magnifié par des édifices coloniaux au charme aujourd'hui dégradé.
"Ici, jusqu'en 2007, c'était le club grec de Juba", assure un employé de l'hôtel Paradise, établissement fréquenté par les diplomates, les employés de l'ONU, et les rares nantis de la capitale sudiste, jadis un fleuron de la présence grecque.
La plupart des Grecs de Juba sont partis à la fin des années 70 et au début des années 80, puis la ville a été occupée par l'armée nordiste pendant la plupart des 22 années de guerre civile Nord-Sud qui s'est terminée le 9 janvier 2005.Au début des années 80, George Ghines a quitté Juba, ville qu'il a regagné le 15 janvier 2005, six jours après la fin de la guerre, il y a six ans.
"Je suis un peu l'héritage de ces premiers arrivants grecs", dit l'homme au crâne rasé, propriétaire d'un restaurant branché mélangeant influences grecques et africaines qui a pignon sur une rue sinueuse de terre battue où les camions citernes font le plein d'eau potable pour la distribuer dans cette ville-champignon aux infrastructures naissantes.
"Les grecs du Soudan sont une tribu en soi.Nous sommes la tribu blanche égarée du Sud-Soudan.Nous ne sommes pas Dinka, nous ne sommes pas Acholi, mais nous sommes Sud-Soudanais", dit-il, en référence à de grandes tribus sudistes.
En fait, George est le seul membre "original" de cette "tribu" perdue du Sud-Soudan, une trentaine d'enfants nés d'unions mixtes vivant toujours dans la région afro-chrétienne qui vote cette semaine son indépendance du nord du pays, majoritairement musulman et en grande partie arabe.
Mais George Ghines, qui avait pourtant voté aux élections nationales d'avril, n'a pu s'inscrire sur les listes de scrutin pour le référendum.Pourtant, en théorie, les personnes comme lui dont les ancêtres ont résidé au Sud-Soudan avant 1956, même s'ils n'appartiennent pas à une tribu sudiste, ont le droit de vote à cette consultation historique.
"J'ai eu des difficultés pour m'inscrire (...) ils (les responsables) ne croyaient pas qu'un Sud-Soudanais pouvait être blanc", regrette-t-il."Une tribu est un groupe de personnes partageant des valeurs, des traditions, des coutumes (...) Pourquoi ne pouvons-nous pas être considérés comme une tribu du Sud-Soudan?".
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