Le premier procès en Allemagne d'un Rwandais accusé de participation au génocide qui a fait des centaines de milliers de morts au Rwanda en 1994 s'est ouvert mardi à Francfort (ouest).
Onesphore Rwabukombe, 54 ans, ancien maire de Muvumba (nord-est du Rwanda) et réfugié de longue date sur le sol allemand, est accusé d'avoir "ordonné et coordonné trois massacres" commis en avril 1994, "au cours desquels ont été tués au moins 3.730 Tutsi" qui s'étaient réfugiés dans des églises.
M. Rwabukombe, qui est défendu par deux avocates et qui est arrivé au tribunal en blazer, chemise bordeaux et cravate, risque la prison à perpétuité.
Le procureur Christian Ritscher a entamé la lecture de l'acte d'accusation et a estimé que M. Rwabukombe, en tant que maire à l'époque, faisait partie "des promoteurs du génocide" au Rwanda.
Plusieurs pays d'Europe, outre le Rwanda et le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), à Arusha (Tanzanie), ont déjà jugé des Rwandais pour des faits liés à ce génocide qui a fait 800.000 morts selon les Nations unies, mais jamais l'Allemagne.
La justice allemande a quant à elle déjà jugé pour génocide des responsables de massacres en ex-Yougoslavie.
Les autorités rwandaises avaient cherché à obtenir l'extradition d'Onesphore Rwabukombe, arrêté une première fois en Allemagne en 2008 à la demande de Kigali.
Mais la justice allemande avait refusé cette extradition, estimant que les conditions d'un procès équitable n'étaient pas garanties au Rwanda, et avait libéré M. Rwabukombe.Elle a toutefois par la suite engagé elle-même des poursuites contre ce Rwandais établi dans la région de Francfort, et sur lequel le TPIR n'a jamais enquêté.
Le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga, a salué la tenue de ce procès."Nous sommes reconnaissants à l'Allemagne", a-t-il dit à l'AFP.
Selon l'organisation non gouvernementale TrialWatch, spécialisée dans la justice internationale, M. Rwabukombe est au 435e rang sur une liste des responsables présumés du génocide au Rwanda.
Quarante-deux audiences sont programmées jusqu'en octobre devant un tribunal de Francfort, mais le procès pourrait durer au-delà.Une cinquantaine de témoins sont cités dans le dossier.Certains témoins vivent à l'étranger.Or aucune audition à distance n'est prévue."Les témoins invités à déposer devront venir devant le tribunal.Les interroger à l'étranger n'est pour l'instant pas prévu", selon un porte-parole du tribunal.
Selon l'ONU, quelque 800.000 personnes, essentiellement des Tutsi, ont été massacrées en avril 1994 au Rwanda.
Le génocide est le crime le plus difficile à prouver car il faut non seulement établir la responsabilité des meurtres mais aussi l'intention d'élimination d'une catégorie de la population.
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