Le premier procès en Allemagne d'un Rwandais accusé de participation au génocide qui a fait, selon l'ONU, 800.000 morts au Rwanda en 1994, s'est ouvert mardi à Francfort.
Osphore Rwabukombe, 54 ans, ancien maire de Muvumba (nord-est) et réfugié de longue date en Allemagne, risque la perpétuité s'il est reconnu coupable de génocide ainsi que d'incitation au génocide et au meurtre.
Il a notamment participé à "plusieurs massacres qui ont coûté la vie à au moins 3.732 personnes", a assuré le procureur Christian Ritscher devant un tribunal de Francfort (ouest).
Le procès a été ajourné au 25 janvier après moins d'une heure et demie, à la suite de la lecture de l'acte d'accusation et d'une requête de la défense contestant en partie les charges.
M. Rwabukombe est principalement accusé d'avoir ordonné et coordonné trois massacres commis en avril 1994 contre des Tutsi qui s'étaient réfugiés dans des églises et des bâtiments adjacents.
Le procureur l'a qualifié de "promoteur du génocide" ayant "agi avec la conscience de son pouvoir" et "dans un but d'extermination raciale".
Devant un public d'une cinquantaine de personnes, l'accusation a détaillé ces massacres, dont l'un le 13 avril 1994 à l'église de Kabarondo (nord-est): "1.700 réfugiés étaient regroupés.Les hommes ont d'abord été tués avec des flèches et des armes similaires", puis ce fut le tour des femmes, des enfants et des personnes âgées, "tués avec des grenades et des armes à feu"."Personne ne devait survivre" et "ceux qui fuyaient hors de l'église étaient abattus".
Onesphore Rwabukombe, en blazer, chemise pourpre et cravate coordonnée, n'a pas dit mot et n'a trahi aucune émotion.
Dans sa requête, la défense a critiqué l'enquête."Nous sommes d'avis que le procureur aurait dû diriger son enquête dans d'autres directions", a dit Me Natalie von Wistinghausen.
Plusieurs pays d'Europe, outre le Rwanda et le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), à Arusha (Tanzanie), ont déjà jugé des Rwandais pour des faits liés au génocide rwandais, mais jamais l'Allemagne.
La justice allemande a en revanche déjà jugé des génocidaires pour des crimes commis en ex-Yougoslavie.
Kigali avait réclamé l'extradition d'Onesphore Rwabukombe, arrêté en Allemagne à sa demande une première fois en 2008.Mais la justice allemande avait refusé, estimant que les conditions d'un procès équitable n'étaient pas garanties au Rwanda.Elle a toutefois engagé ensuite elle-même des poursuites contre ce Rwandais vivant près de Francfort, et sur lequel le TPIR n'a jamais enquêté.
Le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga, a salué ce procès."Nous sommes reconnaissants à l'Allemagne", a-t-il dit à l'AFP.
A Francfort, le procureur Thomas Beck a dit "exclure toute instrumentalisation" par les autorités rwandaises.
"Il est difficile de trouver des témoins directs, les gens n'ont pas survécu.(...) Nous ne sommes pas sur place (...) et il n'existe aucune liste de victimes.Tout est basé sur des estimations", a-t-il dit.
Selon l'organisation non gouvernementale TrialWatch, spécialisée dans la justice internationale, M. Rwabukombe est au 435e rang sur une liste des responsables présumés du génocide au Rwanda.
Quarante-deux audiences sont prévues jusqu'en octobre mais le procès pourrait durer au-delà.Une cinquantaine de témoins sont cités, dont certains vivent à l'étranger.Ceux qui sont invités à déposer devront venir devant le tribunal.
Le génocide est le crime le plus difficile à prouver, car il faut établir la responsabilité des meurtres, mais aussi l'intention d'éliminer une catégorie de la population.
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