Après une journée calme à Bissau, capitale de ce pays de 1,9 million d'habitants, le porte-parole du parti historique PAIGC, Joao Bernardo Vieira, a assuré que les électeurs avaient "donné les pleins pouvoirs pour administrer le pays" à sa formation, qui a conduit la lutte pour l'indépendance, obtenue en 1974, et dominé depuis lors la vie politique de l'ancienne colonie portugaise.
"Nous sommes confortables avec les résultats qu'on a maintenant.Le plus important maintenant, c'est d'avoir la patience d'attendre que la Commission électorale annonce les résultats finaux", a ajouté le porte-parole devant la presse.
"Aucun parti n'a eu la majorité absolue pour gouverner seul.Une coalition est donc nécessaire", a répliqué Marciano Silva, secrétaire permanent du Madem-G15, formé par 15 députés frondeurs du PAIGC, qu'ils ont amputé de sa majorité dans l'Assemblée sortante.
"Le Madem est dans cette logique parce que le plus important est qu'on mette fin à la crise", a ajouté M. Silva, en dénonçant les "partis qui profitent des réseaux sociaux, qui balancent des résultats infondés, loin de toute réalité".
Initialement attendue dans les 48 heures, la proclamation par la Commission nationale des élections (CNE) des résultats du scrutin pour pourvoir les 102 sièges de l'Assemblée nationale à la proportionnelle à un tour aura finalement lieu mercredi, selon la secrétaire exécutive adjointe de la CNE, Felisberta Vaz Moura.
"Nous appelons la communauté internationale et les médias en général à s'abstenir de diffuser des informations liées aux résultats.La seule structure habilitée à le faire est la CNE", a-t-elle rappelé, ces résultats devant encore être validés ensuite par la Cour suprême.
Le siège de la CNE était sous la surveillance de l'Ecomib, la force de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), déployée depuis 2012 en Guinée-Bissau pour y sécuriser la transition politique après le dernier putsch, qui avait interrompu la présidentielle cette année-là.
La population et la communauté internationale espèrent que ce scrutin contribuera à résoudre, et non à aggraver, la crise que traverse le pays depuis le limogeage en août 2015 par le président José Mario Vaz de son Premier ministre de l'époque, le chef PAIGC, Domingos Simoes Pereira, dont M. Vaz est pourtant issu.
Cette crise inquiète d'autant plus les observateurs que les élections de 2014 avaient marqué un retour progressif à l'ordre dans ce pays secoué par des tentatives de putsch à répétition, une instabilité propice à l'implantation de narcotrafiquants sous la protection de hauts gradés.
Jusqu'à la désignation en avril 2018, grâce à une médiation de la Cédéao, d'un Premier ministre de consensus chargé d'organiser ces élections, Aristide Gomes, le Parlement a été bloqué pendant deux ans, empêchant le vote du budget et retardant encore le paiement des fonctionnaires, source perpétuelle de grèves dans ce pays financièrement précaire.
- Majorité absolue ou alliance -
La saisie pendant le week-end de quelque 800 kg de cocaïne dans un camion immatriculé au Sénégal, la plus importante depuis au moins 12 ans, selon des sources policières, est d'ailleurs venue rappeler l'importance du trafic de drogue dans l'économie parallèle dans cette ex-colonie portugaise.
Parmi les 21 formations en lice, avec pour la première fois un minimum de 36% de femmes candidates sur les listes, le PAIGC espère retrouver sa majorité absolue de 57 sièges sur 102, pour s'adjuger le poste de Premier ministre.
Mais le Madem-G15 et le Parti pour la rénovation sociale (PRS, 41 députés), réputé proche d'une partie de la hiérarchie militaire, comptent lui dénier cette victoire, éventuellement en formant une alliance, souhaitée par certains de leurs militants.
Un succès du PAIGC pourrait conduire à une nouvelle confrontation avec M. Vaz, qui a marqué sa préférence pour le PRS, alors qu'une élection présidentielle est prévue d'ici à la fin du premier semestre, dans ce régime hybride faisant exception en Afrique de l'Ouest, où le présidentialisme est la norme.
"Rien ne dit que ces élections permettront de résoudre les problèmes qui minent le pays", avait prévenu en décembre le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, rappelant que la future révision de la Constitution appuyée par la communauté internationale vise à clarifier les rôles respectifs des deux têtes de l'exécutif.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.