Des milliers de Tunisiens, dont de nombreux policiers, ont de nouveau manifesté samedi, mêlant revendications sociales et appels à débarrasser le nouveau gouvernement des caciques de l'ancien régime qui y ont été maintenus malgré les promesses de rupture.
En Algérie voisine, la police a empêché dans le centre d'Alger une manifestation pour la démocratie appelée par l'opposition mais interdite par les autorités.Des heurts ont fait plusieurs blessés, policiers et manifestants selon les sources, alors que des interpellations d'opposants ont eu lieu.
A Tunis, des milliers de Tunisiens ont manifesté dans des cortèges éparpillés dans le centre ville, avenue Habib Bourguiba, devant le siège du gouvernement, ou celui de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la centrale syndicale, ont constaté des journalistes et photographes de l'AFP.
De nombreux policiers en civil ou en uniforme défilaient dans le centre de la capitale, se disant "des Tunisiens comme les autres".
Les cortèges prenaient souvent un tour social, des salariés de mairie exigeant ici une amélioration de leurs conditions de travail, des employés de ménage dans les entreprises réclamant là des augmentations de salaires.
En ce deuxième jour, sur trois, de "deuil national" en mémoire des victimes de la révolution du jasmin, -une centaine de morts en un mois selon l'ONU- tombés pour la plupart sous les balles de la police, les policiers réclament la création d'un syndicat pour défendre leurs droits.
"Y'en a marre de recevoir les ordres et pour une fois on veut crier notre colère", tempêtait un policier devant le siège de l'UGTT, la puissante centrale syndicale qui a joué un rôle crucial dans la chute de Ben Ali le 14 janvier, en canalisant et politisant une révolte à l'origine sociale.
Des policiers qui manifestaient devant le siège du gouvernement en ont bloqué un moment l'accès à la voiture du président tunisien de transition, Foued Mebazaa, avant d'être écartés en douceur par des collègues en service.
A Sidi Bouzid (centre-ouest), la ville déshéritée d'où est partie la contestation après l'immolation d'un marchand de fruits, une centaine de policiers se proclamant "victimes" de l'ancien régime ont également manifesté, a constaté un correspondant de l'AFP.
Depuis la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite après un mois de révolte populaire, la population exprime ouvertement son hostilité envers la police, forte de 100.000 hommes et instrument privilégié de l'ancien régime répressif.
Tentant d'apaiser la colère de la rue, qui craint de se faire confisquer sa révolte par un gouvernement dominé par les ministres de l'ancienne équipe Ben Ali, le Premier ministre de transition Mohammed Ghannouchi a promis vendredi soir qu'il s'effacerait de la scène politique.
Dans une interview télévisée, il a aussi annoncé que "toutes les lois antidémocratiques seront abrogées": les loi électorales et antiterroriste, ainsi que code de la presse.Il s'est engagé à préserver le statut de la femme qui interdit la polygamie, la gratuité de l'enseignement et l'accès à la santé.
"Il y a une volonté de sortie de crise, mais toujours dans la même incompréhension de l'ampleur du rejet exprimé par la population de tous les symboles de l'ancien régime", a réagi samedi l'opposant Mustapha Ben Jaafar, dirigeant du Forum démocratique pour le travail et les libertés, démissionnaire du gouvernement de transition.
Le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé que les grandes écoles et universités tunisiennes, fermées depuis le 10 janvier, vont rouvrir progressivement à partir du mardi 25 janvier.
En Suisse, un avion appartenant à l'entourage de l'ex-président Ben Ali a été bloqué à l'aéroport de Genève, alors que la Confédération a décidé de geler les avoirs de l'ex-chef d'Etat et de son entourage.
Le géant de l'alimentation Nestlé a annoncé samedi que Moncef el-Materi, père d'un gendre de Zine El Abidine Ben Ali, président honoraire de Nestlé Tunisie, a quitté ses fonctions, après avoir été placé par la Suisse sur la liste des personnes proches du président tunisien déchu et dont les éventuels avoirs ont été bloqués.
Au Maroc, deux hommes ont tenté de s'immoler par le feu, portant le total à trois depuis les événements de Tunisie, a rapporté samedi le quotidien arabophone Assabah.Des actes similaires ont aussi eu lieu en Egypte et en Algérie.
Enfin, un homme qui avait tenté de s'immoler en début de semaine à Nouakchott est mort de ses brulures samedi au Maroc où il avait été transféré, a déclaré sa famille.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.