Devant l'école primaire de la rue de Marseille à Tunis, Lamia Bouassida s'emporte: "cette grève est irresponsable, on prend nos gosses en otages", dit-elle alors que les instituteurs sont en grève pour réclamer la démission du gouvernement des caciques de l'ancien régime Ben Ali.
Cette mère au foyer, qui a un enfant scolarisé dans cet établissement du centre de la capitale, est surtout venue aux nouvelles, comme de nombreux parents."Il y a plus de parents que d'élèves", relève un employé de l'établissement qui d'habitude accueille 900 élèves.
Le gouvernement de transition, qui s'efforce tant bien que mal malgré la contestation populaire de remettre le pays en état de marche, a décrété la semaine dernière la reprise des cours pour lundi dans l'enseignement primaire et pour les élèves de terminale, dans le secondaire.
Le régime de Ben Ali avait ordonné le 10 janvier, en pleine contestation, la fermeture des écoles, lycées et universités.
Mais le syndicat des instituteurs a appelé à une grève illimitée à partir de lundi pour exiger la démission du gouvernement.Selon Hfayed Hfayed, son secrétaire général, "le mouvement est suivi à 90-100% dans tout le pays.Il n'y a que quelques rares cas d'enseignants non-grévistes".Le gouvernement n'a pas encore fait de commentaires sur l'ampleur de la grève.
"J'ai peur et je ne peux pas rentrer tant que je ne suis sûre qu'elles vont rentrer en classe", confie Houda Ben Dahmane, venue avec ses deux petites filles à l'école de la rue de Marseille.
"L'Avenue Bourguiba est toute proche et je ne veux pas prendre le risque de les voir mêlés à la foule des manifestants", ajoute-t-elle, à propos de l'avenue centrale de la ville où ont défilé toute la semaine dernière des cortèges de protestataires voulant faire tomber le gouvernement de transition.
Très vite, la discussion s'anime entre enseignants grévistes et parents d'élèves.
Les rares enseignants voulant travailler sont invectivés par leurs collègues grévistes."Tu ne représentes rien et tu étais avec l'ancien régime", lance une institutrice à l'une de ses collègues, profil bas.
"Je n'y comprends rien, le gouvernement a demandé aux parents d'amener leurs élèves à l'école en assurant que tout irait bien mais voilà qu'on se heurte au refus des enseignants d'assurer les cours", se lamente Adel Jelassi, un gérant de café qui a un enfant en classe de sixième.
Il dénonce la dégradation du système éducatif sous le régime déchu de Zine El Abidine Ben Ali, citant "une baisse du niveau des enseignants" et la prolifération des cours privés donnés par les instituteurs, pour compenser des salaires de misère.
Dans la banlieue de Tunis, à Mourouj, quelques parents ont insisté en vain pour faire admettre leurs enfants, dénonçant "une grève politique".
L'ambiance est toute autre au lycée pilote Bourguiba de Tunis.
"La suspension des cours nous a permis de vivre et de participer comme tout le monde à cette révolution.Mais à un moment, il faut que les choses reprennent leur cours normal.Nous avons perdu assez de temps", déclare Rahma, élève de terminale, avant d'entrer en classe.
Mais tous ne l'entendent pas de la même oreille.
Syrine Essayed s'est jointe aux manifestants qui font le siège des bureaux du Premier ministre à la Kasbah.
"Ce matin, explique-t-elle, nous avons salué le drapeau, observé une minute de silence en hommage aux martyrs de la révolution.Et puis on a décidé de ne pas reprendre les cours avant la chute du gouvernement.Du directeur aux enseignants en passant par les élèves, nous sommes tous ici".
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