Un émissaire américain de haut rang a appelé mardi à Tunis les pays arabes à tirer les leçons de l"'exemple tunisien" en répondant aux "aspirations légitimes" de leurs peuples, alors que des manifestations parfois musclées ont eu lieu à Tunis, mais aussi au Caire.
Dans l'attente d'un remaniement ministériel imminent, le climat s'est crispé à Tunis, où une première manifestation en défense du gouvernement de transition a été dispersée de façon musclée par un autre groupe de manifestants exigeant une nouvelle exécutif épuré des caciques du régime Ben Ali.
Premier responsable occidental à se rendre en Tunisie depuis la chute le 14 janvier du président Zine El Abidine Ben Ali, considéré jusqu'à la fin comme un partenaire sûr à Washington et dans les capitales européennes, le secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche Orient, Jeffrey Feltman, a appelé les pays du monde arabe à tirer les leçons de la "révolution du jasmin".
"Les défis qui se posent dans de grandes parties du monde, en particulier dans le monde arabe, sont les mêmes, et nous espérons que les gouvernements répondront aux aspirations politiques, sociales et économiques légitimes des peuples, particulièrement si elles s'expriment par des moyens légaux et pacifiques", a déclaré M. Feltmann à la presse.
Des milliers d'Egyptiens ont réclamé le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans lors de manifestations à travers le pays inspirées par la révolte populaire tunisienne.
Evoquant la crédibilité très décriée en Tunisie du gouvernement de transition, M. Feltmann a souligné qu'elle dépendrait de l'organisation rapide d'élections, tout en soutenant les réformes de démocratisation déjà annoncées.
A Tunis, où des milliers de manifestants ont encore exigé, comme depuis une semaine, la démission du gouvernement provisoire, la tension est montée d'un cran mardi.
Aux cris de "Dégagez vermine!" des centaines de jeunes opposants ont dispersé dans le centre de Tunis une manifestation de soutien au "gouvernement d'union nationale", lors du premier face à face musclé entre partisans et adversaires du cabinet de transition.
Les anti-gouvernementaux, parmi lesquels des supporteurs de football, ont arraché à leurs rivaux banderoles et pancartes où était écrit "Oui à la démocratie, non au chaos", "la politique du tout ou rien ne mène nulle part".
"Oui, oui au gouvernement d'union nationale!", "Non à la vacance du pouvoir!", scandaient les manifestants pro-gouvernementaux avant les échauffourées.
Parmi la foule des hésitants, les commentaires allaient bon train: "Je ne pense pas qu'on va s'en sortir comme ça et je crains que l'armée finisse par prendre les choses en main", murmurait un homme d'âge mûr.
Dans la matinée, l'opposant tunisien historique Moncef Marzouki, de la gauche laïque, a été vivement pris à partie par un groupe de manifestants sur l'esplanade de la Kasbah, près des bureaux du Premier minsistre.
Assailli, insulté, il avait dû fuir les lieux dans les ruelles de la médina où d'autres manifestants se sont interposés pour le protéger.
Les manifestants devant l'esplanade de la Kasbah étaient encore plus nombreux que la veille - environ 4.000 selon un militaire-.Des centaines s'apprêtaient de nouveau à y camper pour la troisième nuit consécutive, au mépris du couvre-feu en vigueur.
"La bataille se jouera à Tunis.C'est pour cela que nous sommes venus.Il faut faire tomber le gouvernement.Ils sont comme un cancer, il faut tout nettoyer", lançait Lotsi Abbes, un pharmacien du sud du pays, ajoutant: "On ne se satisfera pas d'un remaniement".
Lundi, le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Education Taieb Baccouch avait annoncé qu'un remaniement était imminent tout en se prononçant pour le maintien des ministres de Ben Ali au nom de "la continuité de l'Etat".
Selon plusieurs source ayant requis l'anonymat, d'intenses tractations se tenaient encore en début de soirée.
Le ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane, qui occupait cette même fonction sous le régime Ben Ali, s'est dit "prêt à partir à n'importe quel moment" dans l'intérêt du pays, dans une interview à un journal tunisien.
La section régionale de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) de Sfax, deuxième ville du pays à forte activité économique, a appelé à une "grève générale" mercredi, pour la démission du gouvernement et la dissolution de l'ex-parti au pouvoir.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.