Un nouveau gouvernement tunisien de transition était enfin attendu jeudi, sous la pression de la rue qui exige le départ des sept ministres de l'ancien régime et de syndicalistes, qui organisent une grève générale à Sidi Bouzid (centre-ouest).
Malgré la pluie qui tombe sur Tunis, des centaines de manifestants poursuivaient jeudi matin le siège de la Kasbah, où ils ont campé pour la quatrième nuit de suite, malgré le couvre-feu, sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre Mohamed Ghannouchi.
Après avoir comme chaque matin salué le drapeau, ils ont recommencé à entonner des slogans hostiles au gouvernement, tandis que des groupes de manifestants de la capitale grossissaient peu à peu leurs bataillons.
L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), qui a joué un rôle majeur dans la révolte populaire tunisienne ayant chassé du pouvoir l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier, maintenait une forte pression sur l'équipe de transition.
Elle organise jeudi une "grève générale" et une manifestation à Sidi Bouzid, ville pauvre de l'intérieur d'où est partie la révolution qui a fait tomber le 14 janvier le régime autoritaire et corrompu de Zine El Abidine Ben Ali, après l'immolation par le feu d'un jeune marchand de fruits, mi-décembre.
La veille, la puissante centrale syndicale avait montré ses muscles en organisant une grève générale dans son bastion historique de Sfax (centre-est), la deuxième ville du pays, où des milliers de manifestants avaient exigé la démission du gouvernement.
Le porte-parole du gouvernement, Taïeb Baccouch, a assuré mercredi soir que l'annonce du remaniement interviendrait jeudi.
"D'intenses discussions sont toujours en cours pour arriver à une composition finale qui soit convaincante pour l'opinion publique", avait auparavant déclaré le ministre du Développement régional, Ahmed Néjib Chebbi.
Selon une source proches des négociations interrogée mercredi soir par l'AFP, le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, un technocrate ayant servi 11 ans sous Ben Ali jusqu'à sa chute, serait prêt à sacrifier trois ministres titulaires des ministères "régaliens" (Défense, Intérieur, Affaires étrangères) issus de l'équipe Ben Ali.
Mais l'UGTT ferait le forcing en coulisses pour obtenir la tête d'au moins deux autres ministres issus de l'ex-parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).
Interpol a indiqué mercredi soir avoir émis une alerte mondiale à destination de ses 188 Etats membres en vue d'obtenir la localisation et l'arrestation de l'ex-président Abidine Ben Ali et de six de ses proches.
Les autorités tunisiennes avaient annoncé dans la matinée avoir notamment lancé des mandats d'arrêts internationaux contre l'ancien président Ben Ali et son épouse Leïla Trabelsi pour "acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers" et "transferts illicites de devises à l'étranger".
"Avec du recul, on peut comprendre aujourd'hui pourquoi ce régime a fait du verrouillage systématique des médias et de la dépendance de la justice les règles de bases de son gouvernement.Engluée jusqu'au cou dans la corruption, la concussion et le trafic d'influence, la dictature de Ben Ali ne pouvait pas survivre autrement", commentait le quotidien tunisie La Presse dans un éditorial intitulé "Plus jamais ça!".
Mais les regards se tournent désormais vers l'Egypte.De violentes manifestations contre le régime inspirées de l'exemple tunisien y ont fait 2 morts mercredi lors de heurts avec la police et l'attaque de bâtiments aux cocktails molotov, au deuxième jour d'une contestation sans précédent en près de 30 ans de règne de Hosni Moubarak.
Au moins mille personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.