L'armée égyptienne, appelée au secours par le régime du président Hosni Moubarak, se retrouve en première ligne pour tenter de ramener l'ordre après quatre jours de manifestations tournant à l'insurrection populaire.
Pilier du système égyptien dont sont issus tous les présidents depuis la chute de la monarchie en 1952, son attitude devrait être cruciale, selon qu'elle utilisera son potentiel répressif ou qu'elle entendra les appels à la retenue.
"Quand la situation échappe à tout contrôle, il n'y a plus d'autre choix que l'armée.Les policiers ne peuvent pas contenir plus de 70.000 personnes.S'il y en a plus, il faut que l'armée s'en charge", souligne le politologue Hisham Kassem.
Parmi les multiples scénarios possibles, "l'armée peut écraser l'insurrection, ou si elle ne veut pas voir trop de sang couler elle peut demander à Moubarak de partir en le protégeant", estime-t-il.
Le chef d'état-major égyptien, Sami Anan, qui se trouvait aux Etats-Unis pour des entretiens jusqu'à mercredi, devait repartir vendredi pour l'Egypte, a affirmé à Washington le général James Cartwright, vice chef d'état-major interarmées américain.
Des scènes de fraternisation entre la population et l'armée ont suivi l'arrivée vendredi des militaires au Caire, avec des civils montant sur les chars ou des soldats faisant le signe de la victoire sous les applaudissements.
Mais les Etats-Unis ont rapidement lancé des mises en garde face au risque de voir la situation évoluer vers une répression accrue, et le général Cartwright a appelé les militaires égyptiens à "faire preuve de retenue".
Washington a fait savoir qu'il pourrait revoir son aide militaire (1,3 milliard de dollars par an) à l'Egypte en fonction de la réponse des autorités aux manifestations.
L'armée égyptienne compte 468.500 soldats d'active et 479.000 réservistes, selon le "Military Balance", publié par l'IISS (International Institute for Strategic Studies) à Londres.
La révolution de 1952 menée par les "officiers libres" de Gamal Abdel Nasser a consacré la puissance politique de cette institution.Tous les présidents successifs -Mohamed Naguib, Nasser, Anouar al-Sadate et Hosni Moubarak- sont issus de ses rangs.M. Moubarak est notamment un ancien commandant de l'armée de l'air.
Secrète, l'armée égyptienne ne s'exprime pratiquement jamais en public.
Les télégrammes diplomatiques américains rendus publics par WikiLeaks ont toutefois jeté un peu de lumière sur cette institution fermée.
L'un d'eux, daté de mai 2007, souligne notamment le peu d'enthousiame de la hiérarchie militaire face à la perspective de voir Gamal Moubarak, fils du président, succéder à son père comme beaucoup lui en prêtent l'intention.
"L'appareil militaire pourrait être un obstacle crucial" à ses ambitions, écrivait l'ancien ambassadeur des Etats-Unis au Caire Francis Ricciardone, en soulignant que le fils du président n'a peut-être même pas terminé son service militaire.
"Les quatre présidents égyptiens qui se sont succédés depuis 1952 sont issus du corps des officiers, et l'armée est historiquement la garante ultime du pouvoir présidentiel", souligne le diplomate.
D'autres télégrammes soulignent également le poids économique de l'armée égyptienne, présente dans toutes sortes de secteurs industriels et commerciaux au travers de sociétés et organismes dirigés par des militaires, qui en font "une entreprise quasi commerciale".
L'armée égyptienne, dont les capacités se sont "dégradées", doit être modernisée pour s'adapter à des menaces sécuritaires d'un nouveau type mais sa direction s'y oppose, regrettent aussi les Etats-Unis dans d'autres télégrammes révélés par WikiLeaks.
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