Au Caire, la police a disparu des rues et les citoyens s'organisent

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LE CAIRE (AFP)

Omniprésente il y a encore quelques jours, la police égyptienne a disparu des rues du Caire, où les citoyens organisent la circulation, défendent leur quartier et s'interrogent sur le rôle des forces de l'ordre dans le chaos ambiant.

Ils étaient partout, à chaque coin de rue, à chaque carrefour, à chaque place publique, pour contrôler la circulation, assurer l'ordre et incarner la présence d'un Etat égyptien fort.

Les policiers sont totalement absents des rues du Caire depuis les manifestation d'une ampleur sans précédent de vendredi contre le régime du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trois décennies. 

"Il n'y a plus de police, elle a disparu.Nous avons donc dû nous organiser", explique un homme d'une cinquantaine d'années, une barre de fer à la main. Dans la capitale égyptienne, des comités de citoyens aux allures de milice d'auto-défense armés de fusils, de gourdins ou de barres de fer patrouillent la nuit les quartiers de cette métropole de vingt millions d'habitants, bloquant le passage des automobilistes, qui doivent justifier leur présence.

Une équipe de l'AFP a dû franchir une quinzaine de ces points de contrôle pendant la nuit ce week-end, afin de passer d'un quartier à l'autre de la ville où la population craint les pillards ayant fui les prisons et les saccages de commerces. De jeunes volontaires organisent la circulation sur les grandes artères, où l'armée s'est déployée en force.Une ceinture de chars s'assaut bouclait dimanche Midan Tahrir, la "place de la libération" dans le centre du Caire, où les manifestations antigouvernementales se poursuivaient.

En Egypte, l'armée reste une institution respectée par la population, qui n'a pas visé les militaires lors des manifestations mais bien la police, considérée comme le visage de l'Etat répressif et dénoncée pour sa brutalité et sa corruption. 

La disparition subite de la police dans les rues du Caire a vite fait de susciter la méfiance. C'est "un complot de la sécurité pour appuyer le scénario du chaos", titrait en Une dimanche le quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom.

Le journal rapporte qu'"un haut responsable de la sécurité a ordonné à tous les secteurs du ministère de l'Intérieur d'évacuer leurs positions et de se retirer des rues, des points de contrôle et de la circulation et de quitter les postes de police".

Nombreux sont les Cairotes à accuser des éléments de la police d'avoir eux-mêmes mis le feu à des commissariats et de semer l'anarchie afin de justifier le maintien du pouvoir."Le gouvernement veut que la population pense que Moubarak est la seule option face au chaos", estime Sameh Kamal, un jeune manifestant.

"Il y a une partie dépendant du ministère de l'Intérieur qui (...) a décidé d'appuyer le scénario du chaos et de la libération des prisonniers, des hommes de main, des dangers à l'ordre public et d'aider aux actes de vandalisme et de pillages", poursuit Al-Masri Al-Yom.

Le quotidien indépendant Al-Chourouq, lui, titre sur "Des gangs armés terrorisent le pays", des informations sur une complicité des responsables de la police. L'insécurité est orchestrée et vise à "souiller la révolution des jeunes d'Egypte", selon le directeur de la rédaction du journal, Wael Qandil.

Tentant de rassurer une population inquiète par l'instabilité liée à la déliquescence de la police, l'armée a annoncé dimanche l'arrestation de plus de 3.000 évadés de prison et de fauteurs de trouble.

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