Le civil qui va prendre les commandes du Niger à l'issue de la présidentielle devra réussir là où la junte militaire, au pouvoir pendant un an, a échoué: endiguer la menace d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui y multiplie les rapts d'Occidentaux.
Le 7 janvier, les jihadistes ont infligé aux autorités nigériennes de transition leur plus sérieux camouflet en enlevant en plein centre de Niamey, dans le quartier le plus sécurisé de la capitale, deux jeunes Français, tués le lendemain lors d'une opération de sauvetage franco-nigérienne au Mali.
Opérant dans la bande sahélo-saharienne aux confins de la Mauritanie, de l'Algérie, du Mali et du Niger, Aqmi retient toujours cinq Français, un Togolais et un Malgache enlevés en septembre 2010 sur un site d'extraction d'uranium du nord nigérien.
"Nous prenons très au sérieux cette menace susceptible de déstabiliser notre pays si fragile", affirme à l'AFP un ministre nigérien sous couvert d'anonymat, reconnaissant que le combat contre Aqmi est un "défi immense".
Dans l'un des pays les plus pauvres du monde, c'est d'abord "la faiblesse de l'Etat du Niger, de l'armée et de l'administration" dans les zones désertiques du nord, terrain de prédilection d'Aqmi, qui est en cause, explique l'historien nigérien Djibo Hamani.
Pour surveiller un territoire de quelque 1,2 million de km2, le pouvoir ne dispose que de quelques milliers de soldats aux modestes moyens.
La junte militaire, en place depuis février 2010 et jusqu'à l'investiture du nouveau président en avril, a dit prendre la mesure du danger.Elle a annoncé mi-janvier qu'elle allait redéfinir sa stratégie contre les "terroristes", mais n'a rien dévoilé de ses plans.
Les "modalités" d'un soutien logistique français au Niger ont déjà été discutées la semaine dernière à Paris entre le ministre nigérien de l'Intérieur Ousmane Cissé et les dirigeants français, selon un proche du ministre.
Mais il faut aussi "une concentration de troupes de part et d'autre de la frontière entre Niger et Mali, les deux pays les plus menacés", afin de resserrer "les mailles du filet", souligne un haut responsable militaire nigérien.
Il y a urgence alors que la menace Aqmi pèse de plus en plus sur le pays: les touristes ont fui et le secteur minier, crucial, est dans l'oeil du cyclone depuis les rapts de septembre 2010.
La lutte contre Al-Qaïda s'est d'ailleurs invitée dans la campagne présidentielle, les dix candidats promettant de gonfler les effectifs de l'armée et de la doter de moyens adéquats.
L'un des favoris, Hama Amadou, a insisté sur la "nécessaire coopération" entre Algérie, Mali et Niger."Lorsque cette confiance est faible, vous n'aurez pas de solutions, et c'est la situation que nous vivons aujourd'hui", a-t-il lancé récemment.
Mais pour Djibo Hamani, "Niamey et Bamako font fausse route en privilégiant une solution militaire"."La solution contre Al-Qaïda doit avant tout passer par des investissements afin de viabiliser les zones désertiques livrées à leur sort", soit les deux tiers du pays.
Pendant que l'Etat est "totalement absent de ces zones", "Aqmi y creuse des puits et soigne les populations", fait valoir l'historien.
D'ores et déjà, le pays doit apprendre à vivre avec cette menace nouvelle, souligne Moussa Aksar, directeur du magazine L'Evénement: "le Niger est à un tournant décisif de son histoire, où le danger terroriste sera désormais permanent".
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