Egypte: une journée décisive pour les manifestants, après une semaine de révolte

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LE CAIRE (AFP)

 L'Egypte se prépare mardi à des manifestations monstres à l'appel de l'opposition espérant mobiliser un million de personnes, malgré l'annonce la veille d'un nouveau gouvernement et de l'ouverture d'un dialogue, après une semaine de révolte réclamant le départ de Hosni Moubarak. 

Pour cette journée de "marches du million" que les manifestants espère décisive, l'armée égyptienne -l'un des deux piliers, avec la police, du régime autoritaire du président Moubarak au pouvoir depuis 30 ans- s'est engagée lundi soir à ne pas faire usage de la force jugeant les revendications du peuple "légitimes".

Le mouvement de contestation du régime Moubarak, au pouvoir depuis 1981, a débuté le 25 janvier et a fait au moins 125 morts et des milliers de blessés en une semaine.

 Mardi matin, les manifestants étaient déjà quelque 5.000 dans le centre du Caire à 08H00 (06H00 GMT), à la fin du couvre-feu en vigueur dans la capitale, à Suez et à Alexandrie.

"Les revendications de la révolte populaire: le départ immédiat de Moubarak, son jugement, le jugement de Habib el-Adli (ancien ministre de l'Intérieur), mise en place d'une commission pour changer la Constitution, formation d'un gouvernement de salut national provisoire, la dissolution du Parlement", pouvait-on lire sur une pancarte accrochée à Tahrir.

De nombreuses personnes ont passé la nuit sur la grande place Tahrir (place de la Libération), épicentre depuis une semaine des manifestations qui ébranlent le régime.

 Les manifestants lançaient des slogans comme "Dehors Moubarak", et brandissaient des affiches représentant le président pendu, ou sa photo avec la mention "ta tête va tomber".

"La balle est dans le camp des Européens et des Américains, on ne veut rien d'exu, mais on ne veut pas non plus qu'ils aident Moubarak", a déclaré à l'AFP un manifestant, Oussama Alam, 43 ans.

Des hélicoptères survolaient régulièrement le centre du Caire, et l'armée contrôlait de nombreux accès au centre ville.

Lundi, les protestataires étaient des dizaines de milliers sur la place Tahrir, venus en famille ou en groupes pour exiger la fin de la corruption, des privations et de la répression policière.

A Alexandrie, la deuxième ville du pays, sur la côte méditerranéenne, une autre manifestation géante était prévue pour contourner l'interruption du trafic ferroviaire décidée lundi par les autorités.

L'annonce lundi du nouveau gouvernement, renouvelé de moitié, n'a pas entamé la détermination des manifestants qui exigent son départ.

Le ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, bête noire des manifestants, a été remplacé par un haut responsable de la police, Mahmoud Wagdi.Les hommes issus du monde des affaires, considéré comme proche de Gamal Moubarak, fils de Hosni lui aussi conspué par les manifestants, ont également disparu.

 Les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente du pays, ont rejeté ce remaniement, appelant à "des manifestations massives partout en Egypte afin que tout le régime -président, parti, ministres et Parlement- quitte le pouvoir".

Dans la soirée, le vice-président Omar Souleimane a annoncé avoir été chargé par le président d'ouvrir un dialogue immédiat avec l'opposition, "autour de toutes les questions liées aux réformes constitutionnelles et législatives".

Pour diffuser leur message, les manifestants comptaient sur le bouche-à-oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.

Le dernier fournisseur d'accès à internet qui fonctionnait encore en Egypte, Noor, a été bloqué lundi, coupant le pays du reste du monde en pleine crise, selon le site américain Renesys, spécialisé dans la surveillance du web.

Pour aider les Egyptiens "à rester connectés dans cette période très difficile", Google a annoncé avoir coopéré avec Twitter pour mettre en place un système leur permettant d'envoyer des messages sur le site de microblogs par téléphone, sans avoir besoin de connexion internet.

La Maison Blanche a appelé au calme avant les marches géantes prévues, en se disant satisfaite de la "retenue" dont ont fait preuve jusqu'à présent selon elle les forces égyptiennes.

Le département d'Etat américain a annoncé qu'un ancien ambassadeur américain en Egypte, Frank Wisner, était au Caire où il devait rencontrer des dirigeants.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont appelé à des "réformes démocratiques substantielles" conduisant à des élections "libres et justes", et le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, a dit vouloir une "transition pacifique".

 Après une semaine de mobilisation sans relâche, les contrecoups économiques de la révolte se faisaient sentir.Le tourisme, l'une des principales sources de revenus pour l'Egypte, a été fortement affecté, banques et Bourse étaient fermées, et le carburant commençait à manquer.Le mouvement de contestation a appelé lundi à une grève générale ouverte.

Mardi matin, dans les échanges électronique en Asie, le cours du brut restait au-dessus des 100 dollars le baril, le marché craignant que les troubles en Egypte perturbent les approvisionnements via le canal de Suez, selon les analystes.

Lundi, le secrétaire général de l'Opep, Abdallah El-Badri, a estimé que les tensions en Egypte pourraient affecter le passage stratégique du canal de Suez et générer une "pénurie" de pétrole.Mais les médias officiels égyptiens ont assuré que le canal fonctionnait "à pleine capacité".

 L'armée égyptienne a déclaré lundi soir que les revendications du peuple étaient "légitimes" et s'est engagée à ne pas faire usage de la force à la veille de marches géantes prévues pour marquer une semaine de révolte sans précédent contre le président Hosni Moubarak.Ce mardi, on attend au Caire des centaines de milliers de personnes qui vont défiler contre Hosni Moubarak. Durée: 01:32

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