Ils ont la tête ou les membres en sang, mais ils retournent à ce qu'ils appellent "le front": des milliers d'opposants irréductibles au président Hosni Moubarak défendaient mercredi soir la place Tahrir, devenu lieu symbolique de leur soulèvement dans le centre du Caire.
"Au musée!Au musée!" hurle un homme dans la sono.Il exhorte les manifestants, de jeunes hommes dans leur immense majorité, à se ruer vers le côté de la place bordé par le célèbre Musée égyptien, pour y faire barrage à une offensive des partisans du régime, qui les attaquent sans relâche depuis la fin de la matinée.
Les heurts sont d'une extrême violence, les blessés se comptent par centaines, mais les combattants ne faisaient pas usage d'armes à feu en fin d'après-midi, selon un journaliste de l'AFP.
Les deux camps se battent à coups de pierres, de bâtons, de barres de fer et parfois de couteaux.
Sur la chaussée, les anti-Moubarak arrachent les pavés ou cassent des dalles et des trottoirs, les entassent dans des morceaux de banderoles dont ils font de grands sacs pour les transporter, par milliers, vers "le front".
Une mère de famille, prise au piège avec ses enfants, les laisse quelques minutes sous la garde d'une autre femme pour aller à son tour porter des pavés aux défenseurs de la place.Soudain, touché à la tête, l'un des enfants, âgé d'une dizaine d'années, s'effondre.Il est évacué inconscient.
Des chaînes humaines sont formées pour repousser les assauts.Dans la matinée, des partisans du régime ont chargé par endroits, montés sur des chevaux ou des chameaux, mais ont été repoussés.Certains, jetés à bas, ont été battus jusqu'au sang.
Moustapha al-Chorbaji, la soixantaine, un énorme zebiba (callosité des musulmans qui prient beaucoup) sur la tête, crie sa colère: "Nous sommes ici depuis vendredi, le sang de plus de 100 personnes a été versé!Et qui est responsable?C'est ce président.Comment peut-il ainsi monter les Egyptiens les uns contre les autres?Ce n'est pas un président, c'est un démon!".
Non loin du musée, montés sur des chars d'assaut, à l'intérieur desquels les soldats sont calfeutrés, les manifestants lancent des pierres.Certains se sont improvisés des casques avec des morceaux de carton.
Tout près, des jeunes gens tapent en cadence de toutes leurs forces sur toutes les structures de métal qu'ils peuvent trouver."Pour faire peur à l'ennemi", explique l'un d'eux.
Ailleurs, on fait s'effondrer les échafaudages d'un immeuble en construction pour improviser des barricades.
Au bord de cette place Tahrir (Libération), la mosquée Omar Makram a été transformée en lieu de repos et de ravitaillement en eau.
"C'est la dernière carte de Moubarak.Petit à petit, il perd le contrôle de tout.Il nous faut être patients", déclare Nourredine Najeh, 25 ans, barbe courte et bonnet sur la tête."Il a payé ces gens pour nous attaquer", assure-t-il.
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