Cela va de la colère écoeurée à une analyse dépassionnée en passant par les rumeurs, l'"affaire MAM", du nom de la ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, symbolise pour de nombreux Tunisiens un malaise avec la France, accusée d'avoir fermé les yeux jusqu'au bout sur le régime Ben Ali.
A la suite des révélations de l'hebdomadaire satirique français Le Canard Enchaîné, Mme Alliot-Marie a été accusée en France d'avoir profité lors de vacances en Tunisie de largesses d'un homme d'affaires lié au clan Ben Ali.
Jeudi matin, le visage fermé de la ministre faisait la une du quotidien Le Temps de Tunis, barrée d'un gros titre: "En pleine révolution, elle passait d'agréables vacances à Tabarka", cité balnéaire du nord-ouest tunisien.
Une autre publication francophone, Le Quotidien, l'épingle sans ménagement en parlant de "grande maladresse à laquelle il est facile d'accoler le qualificatif +coupable+".
Mme Alliot-Marie "aurait pu se passer" de venir en vacances fin 2010 "dans une Tunisie en pleine révolte (...) Elle a commis une erreur, pas un crime", écrit ce journal qui estime toutefois qu'il "faut dépasser cet épisode et s'interroger sur la politique étrangère de la France": Paris "doit comprendre le sens des mutations que vit le monde arabe".
Salem, une fonctionnaire de 34 ans rencontrée à Tunis, ne dit pas autre chose: "La France n'a pas voulu mettre son nez dans l'histoire (la révolution tunisienne), elle soutenait Ben Ali et voulait qu'il reste au pouvoir".
"On a été très choqués par les positions des officiels français qui n'ont jamais été à l'écoute des forces démocratiques et ont toujours soutenu Ben Ali", dit à l'AFP la représentante en Tunisie de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Khadija Chérif.
Pour elle, la France, par la voix de Michèle Alliot-Marie, a "proposé d'apporter (son) soutien en pleine répression", en allusion aux déclarations de la ministre qui avait proposé, trois jours avant la chute, le 14 janvier, du président Zine El Abidine Ben Ali, le "savoir-faire" de la police française au régime.
En dépit des dénégations répétées du gouvernement français, Walid, un étudiant en droit de 23 ans, reste persuadé que la France "a laissé entrer en Tunisie une quantité importante de grenades lacrymogènes" pour réprimer les manifestants, et estime que "MAM" doit "être limogée".
Certains, tel l'ancien ancien juge et militant des droits de l'homme Mokhtar Yahyaoui, vont jusqu'à ressortir de vieilles histoires comme le trafic de yachts entre la France et la Tunisie qui avait impliqué en 2006 deux neveux de Ben Ali, Imed et Moaz Trabelsi.Il se souvient, dégoûté, que la justice française avait renoncé à les juger fin 2009.
"Il y a une relation profonde entre les peuples français et tunisien mais le gouvernement français ne l'a pas respectée.Il pouvait intervenir en faveur du peuple tunisien, mais il ne l'a pas fait", dit encore Mokhtar Yahyaoui.
Assia, une enseignante en retraite de 67 ans est plus expéditive: MAM, "on ne veut plus voir sa tête en Tunisie".
Pour un responsable économique au sein d'une agence gouvernementale, l'"affaire MAM" est finalement "très marginale" au regard de la relation franco-tunisienne."Cela dit, si elle sautait demain, ce serait bien perçu ici".
Rappelé le 26 janvier, l'ambassadeur de France à Tunis Pierre Ménat avait payé les frais des erreurs d'appréciation de la diplomatie française sur la révolution tunisienne.
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