Le président Paul Biya, qui avait fini par concéder ce dialogue après avoir longtemps fait preuve d'intransigeance, a aussitôt promis sur les réseaux sociaux que ces propositions seraient examinées attentivement "dans la perspective de leur mise en oeuvre", mais "en tenant compte de leur opportunité et de leur faisabilité".
Durant cinq jours seulement, plus de 1.000 participants se sont réunis au Palais des Congrès de Yaoundé pour tenter de résoudre le conflit meurtrier qui ravage les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays depuis deux ans.
Jeudi soir, le Grand dialogue avait recommandé l'adoption d'un "statut spécial" pour ces deux régions où vit la plus grande partie de la minorité anglophone du pays (16% de la population) qui s'estime lésée par rapport à la majorité francophone, victime de "stigmatisation" et écrasée par un pouvoir fortement centralisé.
Cette proposition écarte de fait le fédéralisme réclamé par les personnalités anglophones qui n'ont pas boycotté ces assises, boudées par la grande majorité des leaders des groupes armés qui, eux, réclament l'indépendance.
Le statut spécial octroierait aux territoires anglophones, s'il était approuvé par M. Biya, une plus grande autonomie financière, la possibilité d'élire leurs gouverneurs autrefois nommé par l'exécutif, et le rétablissement d'une chambre des chefs traditionnels.
- un premier pas -
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute, qui a présidé ces discussions en l'absence remarquée de M. Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir, s'est félicité d'un débat "passionné".
Du côté de l'opposition, les propositions sont vues comme "un premier grand pas dans le résolution de cette crise", a affirmé à l'AFP Joshua Osih, le numéro 2 du Social Democratic Front (SDF), parti de l'opposant historique John Fru Ndi."Tout le monde converge sur le fait que ce pouvoir centralisé est la cause de beaucoup de frustration", a-t-il tempéré.
Plusieurs partisans anglophones d'un retour au fédéralisme et opposés à l'indépendance ont aussi salué les recommandations mais prévenu qu'on était loin du compte: "ce statut spécial est juste un premier pas pour trouver une solution permanente à cette crise", commente pour l'AFP le célèbre avocat des droits de l'Homme anglophone Felix Agbor Nkongho.
Un statut spécial "pourrait avoir une forte valeur symbolique dans les esprits et les mentalités de ceux qui voulaient un retour au fédéralisme", estime le chercheur camerounais Edouard Epiphane Yogo, du Bureau des Etudes Stratégiques à Yaoundé.
Cependant "la guerre n'est pas finie", prévient l'activiste anglophone Ayah Ayah Abine, qui juge que "seule une négociation entre les deux camps pourra y mettre fin".
De fait, les groupes armés qui affrontent les forces de sécurité dans un conflit qui a fait plus de 3.000 morts en deux ans, selon les ONG, et contraint plus d'un demi-million de civils à fuit leurs domiciles, ont boycotté le grand dialogue.
"Après les milliers de vie gâchées par la radicalisation des deux camps, il faudrait quelque chose de vraiment spécial pour mettre fin à ce conflit", ajoute M. Ayah Abine, pour qui le statut spécial n'est "qu'une combinaison de mots qui ne recouvre rien de précis".
- 'Pas moyen de discuter' -
Car dans le camp des indépendantistes, l'heure n'est vraiment pas à la conciliation.
Le chef d'un des groupes armés séparatistes, Ebenezer Akwanga, reste ferme: "Les habitants de l'Ambazonie (l'Etat qu'ils veulent créer dans les régions anglophones) n'ont pas besoin d'un statut spécial.Nous ne faisons pas partie du Cameroun", a-t-il déclaré dans un message à l'AFP."L'Ambazonie marche vers la liberté et rien ne pourra nous arrêter", a-t-il ajouté.
"Rien de moins que l'indépendance totale pour le peuple (...) et il n'y a pas moyen de discuter", renchérit Chris Anu, leader indépendantiste, dans un échange avec l'AFP par messagerie.
La journée de jeudi avait également été marquée par l'annonce par M. Biya de la libération de 333 détenus arrêtés dans le cadre de la crise anglophone.Vendredi, plus d'une centaine ont déjà été élargis par les tribunaux militaires.
Il y a cependant peu de chance que le principal leader des séparatistes, Julius Ayuk Tabe condamné mi-août à la prison à vie notamment pour "terrorisme" soit concerné par cette décision.
"Lorsqu'on veut ramener la paix, généralement se sont les symboles qui comptent, le symbole ce n'est pas le nombre" de détenus libérés "mais plutôt la qualité" de ceux qui sont libérés, prévient M. Yogo.
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