Meetings, débat inédit: dernière ligne droite de la présidentielle en Tunisie

Infos. Des milliers de partisans des deux finalistes de la présidentielle en Tunisie se sont rassemblés séparément vendredi à Tunis à quelques heures d'un débat télévisé inédit entre deux candidats diamétralement opposés.

Meetings, débat inédit: dernière ligne droite de la présidentielle en Tunisie

Le face-à-face prévu à 21H00 locales (20H00 GMT) entre l'universitaire Kais Saied, 61 ans, et l'homme d'affaires et des médias Nabil Karoui, 56 ans, clôt une campagne rocambolesque, marquée par la libération mercredi du second, incarcéré depuis un mois.

Sa libération a relancé la campagne électorale, et les candidats jouent leurs dernières cartes, samedi étant jour de silence électoral avant le second tour de la présidentielle dimanche.

Un important important dispositif de sécurité a été déployé sur l'avenue Bourguiba, au coeur de Tunis.

D'un côté de l'avenue, des partisans, plutôt jeunes, de l'universitaire sans parti se sont rassemblés près d'une petite estrade, brandissant banderoles et pancartes. Leur candidat n'est pas présent.

"Le peuple veut Kais Saied", "Vive la Tunisie !", s'époumonent-ils. 

Un quinquagénaire enveloppé dans un drapeau national profite de l'aubaine, vendant écharpes et drapeaux aux couleurs de la Tunisie."C'est pour tous les Tunisiens"!.

A l'autre bout de l'avenue aux ficus taillés, c'est une imposante scène de concert, avec arche et écran géant, qui a été installée pour le premier et dernier meeting de campagne de Nabil Karoui.Ici le public est nettement plus âgé, mais pas plus nombreux. 

"Il tend la main aux pauvres", lance un partisan entre deux âges, casquette vissée sur la tête.

- "Aider les électeurs hésitants" -

Ces rassemblements se tiennent à quelques heures d'un duel télévisé entre les deux présidentiables, une première dans le pays pionnier du Printemps arabe.

"Toute ma famille l'attend avec impatience", confie dans un grand sourire Marwa, 28 ans, tailleur et lunettes de soleil."Nous savons déjà pour qui nous allons voter, mais le débat pourrait aider des électeurs hésitants à choisir". 

Au premier tour de la présidentielle le 15 septembre, les deux outsiders sont arrivés en tête, balayant les dirigeants sortants, sanctionnée dans les urnes par des Tunisiens exaspérés par le chômage, l'inflation, et des services publics défaillants.

M. Saied, un austère spécialiste du droit constitutionnel, a obtenu 18,4% des voix contre 15,5% pour M. Karoui, un homme d'affaires clivant au verbe facile, candidat sous les couleurs de Qalb Tounes, un parti qu'il a fondé en juin.

Le 23 août, le publicitaire avait été arrêté et placé en détention pour "fraude" et "blanchiment d'argent".

Le débat organisé sur la chaîne publique Wataniya doit être diffusé sur la plupart des chaînes locales, et plusieurs chaînes étrangères. 

Il sera "plus interactif" que les trois soirées politiques avec 24 candidats au premier tour, qui avaient été massivement suivies, assure Belabbès Benkredda, l'un des organisateurs.

- "Robocop" -

Sur la forme, tout semble opposer les deux hommes: surnommé "Robocop" pour sa diction rigide et son visage impassible, M. Saied considéré comme irréprochablement "propre", s'exprime dans un arabe littéraire châtié. 

Tout le contraire du magnat des médias, un communicant chaleureux, séducteur, s'exprimant en dialecte tunisien parsemé de français, et poursuivi par la justice pour fraude fiscale et blanchiment. 

Sur le fond, Kais Saied propose une décentralisation radicale du pouvoir et une révolution par le droit.Il reprend des slogans de la révolution de 2011, appelant à redonner "le pouvoir au peuple" tout en restant très légaliste, ce qui lui vaut d'être largement plébiscité par les étudiants. 

Nabil Karoui, qui a fondé avec son frère Ghazi l'une des principales chaînes de télévision du pays, Nessma, a fait de la défense des plus démunis son cheval de bataille.

Alors que le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, arrivé en tête des légisaltives du 6 octobre, mène des tractations pour tenter de rassembler une majorité gouvernementale, Nabil Karoui s'est de nouveau présenté comme un rempart face à l'islamisme. 

Réactivant un clivage utilisé en 2014 -et qui n'avait pas empêché progressistes et islamistes de s'allier pour gouverner-, il a accusé Kais Saied de relayer des idées d'Ennahdha.

L'universitaire a toujours clamé son indépendance des partis et défendu la primauté du droit sur la religion. 

Les sept millions d'électeurs retournent dimanche aux urnes pour la troisième fois en un mois, dans un contexte économique difficile, qui alimente une grogne sociale croissante.

Newsletter

Restez informé ! Recevez des alertes pour être au courant de toutes les dernières actualités.
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.

En direct
Les rendez-vous santé
Nos applications
Facebook
Twitter
Instagram
Meetings, débat inédit: dernière ligne droite de la présidentielle en Tunisie