Un couvre-feu a été décrété jusqu'à nouvel ordre par les autorités provinciales du Nord-Kivu entre 18h00 et 06H00 à Beni et ses environs, lundi soir à l'issue de ces manifestations violentes.
Un bureau de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) a été envahi et partiellement incendiée à Beni, où la tension des derniers jours a interrompu la lutte contre l'épidémie d'Ebola qui a tué près de 2.200 personnes.
"Des maisons du personnel des Nations unies ont été attaquées et vandalisées", a indiqué une porte-parole de la Monusco jointe par l'AFP.
Face aux centaines de manifestants, des tirs nourris ont été entendus toute la journée par un correspondant de l'AFP à proximité des installations de la Monusco.
- "Tirs de sommation" -
Des Casques bleus ont procédé à des "tirs de sommation en l'air", mais "aucun n'a été dirigé vers les manifestants", selon la Monusco.
Les forces de sécurité congolaises (armée et police) ont également procédé à des tirs, d'après le correspondant de l'AFP sur place.
"Nous avons deux morts du côté des manifestants de Boikene, sept blessés civils et deux blessés militaires", a affirmé le directeur de l'hôpital général de Beni Franck Mohindo, médecin.
Des hélicoptères de l'ONU ont survolé les lieux et les personnels de la Monusco ont été "relocalisés" vers la grande base militaire de l'ONU près de l'aéroport de Mavivi proche.
A Kinshasa, la présidence de la République a annoncé la reprise d'opérations militaires "conjointes" avec la Monusco, à l'issue d'un "conseil de sécurité" national présidé par le chef de l'Etat Félix Tshisekedi, en présence de la cheffe de la Monusco Leïla Zerrougui.La présidence a également annoncé "l'installation d'un quartier général avancé des forces armées à Beni".
"La Mission va renforcer la coopération avec ses partenaires", a simplement annoncé la Monusco à l'issue de la rencontre.
En visite à Paris, la présidente de l'Assemblée nationale congolaise, Jeanine Mabunda, s'est publiquement interrogée sur le rôle de l'ONU dans son pays, jugeant "légitime que les populations se demandent pourquoi cette force persiste en RDC".
Avant de s'attaquer à l'ONU à Beni,des manifestants avaient incendié la mairie dans cette ville, qui a été partiellement détruite, selon le correspondant de l'AFP.
- Lutte anti-Ebola menacée -
Les émeutes à Beni ont éclaté après le massacre dans la nuit de huit civils dans une nouvelle attaque attribuée au groupe des Forces démocratiques alliées (ADF), ont indiqué plusieurs sources.
Au total 77 civils ont été tués depuis le 5 novembre à Beni et ses environs, dans le Nord-Kivu, selon le décompte du Groupe d'Etude du Congo (GEC) de l'Université de New York.
Dans un communiqué, Amnesty international a jugé "scandaleux que des civils meurent chaque jour, alors que la police locale et les soldats du maintien de la paix de l'ONU restent dans leur base".
Les massacres des ADF sont selon les experts des représailles aux opérations militaires annoncées contre leurs bases le 30 octobre par l'armée congolaise.
Les manifestants accusent les Nations unies d'"inaction" face aux massacres des ADF.
La Monusco se défendait en soulignant que l'armée congolaise a lancé ses opérations de manière unilatérale.
Les volontaires des ONG présents à Beni ont été invitées à rester confinés chez eux ce lundi, "à l'abri des angles de tirs et loin de fenêtres et des portes", a-t-on appris de source humanitaire.
La lutte contre l'épidémie d'Ebola, qui sévit dans la région de Beni, est interrompue depuis vendredi.
"Il y a un risque" de reprise des cas de contamination "en ce sens que les malades ne sont pas suivis", a déclaré à l'AFP le coordonnateur de la riposte, le docteur Jean-Jacques Muyembe.
L'épidémie a tué près de 2.200 personnes, principalement entre Beni et Butembo plus au sud.
Les ADF sont accusés d'avoir tué des centaines voire plus d'un millier de civils dans la région de Beni depuis octobre 2014.
A l'origine, les ADF sont des rebelles ougandais musulmans hostiles au président Yoweri Museveni, qui se sont repliés dans l'est de l'actuelle RDC en 1995.
Ils vivent aujourd'hui repliés en autarcie et en famille dans la forêt et la jungle autour de Beni, terrorisent les populations et pillant les magasins et le bétail.
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