"Nous avons démontré de plusieurs façons qu'au moins un million de bulletins étaient irréguliers", a assuré vendredi à la presse Silungwe Chikosa, avocat de Saulos Chilima, candidat malheureux à la présidentielle.
Le chef du Parti du Congrès du Malawi (MCP) est arrivé deuxième du scrutin disputé en mai dernier, crédité de 35,41% des suffrages, soit 159.000 voix de moins que le sortant Mutharika (38,57%).
La défense du chef de l'Etat s'est également voulu confiante vendredi à la clôture des débats.
"Les parties adverses n'ont pas fourni devant la Cour d'autres résultats laissant penser que ceux contenus dans les duplicata et autres procès-verbaux recouverts de correcteur blanc étaient faux", a estimé l'avocat du président, Frank Mbeta.
Une référence au nombre élevé de procès-verbaux raturés avec du "blanc" à effacer, ce qui avait suscité, dans l'opposition, des suspicions de fraude.
Quelle que soit la décision finale de la Cour constitutionnelle, ce dossier devrait marquer un tournant dans l'histoire politique de ce petit pays d'Afrique australe.
Pendant des semaines, de nombreux électeurs se sont passionnés pour les témoignages qui se sont succédé à la barre de la plus haute instance judiciaire du pays, diffusés pour la première fois en direct et en intégralité par les radios privées.
"J'en retiens que les Malawites ne sont désormais plus des participants passifs au processus électoral", a résumé Gospel Kazako, le patron de la Zodiak Broadcasting Station.
Depuis que le Malawi a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1964, jamais les résultats de ses élections présidentielles n'avaient été contestés devant la justice.
Lazarus Chakwera a franchi le Rubicon en rejetant le décompte de la Commission électorale (MEC).Avec un autre parti hostile au régime, le Mouvement uni pour la transformation (UTM), il accuse depuis le pouvoir d'avoir manipulé les résultats.
- "Impact sur l'avenir" -
Le camp du vainqueur a nié farouchement toute fraude, mais l'opposition a maintenu la pression en multipliant les manifestations de protestation dans tout le pays, souvent émaillées de violents incidents avec la police.
C'est dans ce climat explosif que la Cour constitutionnelle a tenu ses audiences.
Il y a un mois, un expert en informatique qui a travaillé pour un parti d'opposition pendant le scrutin, Daud Suleman, est ainsi venu expliquer comment des données essentielles avaient été supprimées lors de l'enregistrement des résultats.
Sa déposition, diffusée en direct comme toutes les autres, a suscité un intérêt aussi vif qu'inédit dans la population.
"Quoi que les juges décident, cela va avoir un impact sur l'avenir de ce pays", a plaidé un auditeur assidu des débats, Potential Chitsumo."Je veux comprendre comment et pourquoi les juges vont rendre leur décision", a ajouté cet architecte de la capitale Lilongwe, âgé de 42 ans.
Même dans le bidonville surpeuplé de Nthandire, il est devenu courant de voir des petits groupes d'habitants suivre, dans les rues, les débats de la Cour, l'oreille collée à un poste de radio.
Pour beaucoup, la diffusion de cette saga politico-judiciaire est une bonne nouvelle pour la démocratie malawite.
"Ces émissions ont permis de nourrir le débat public autour des élections", s'est réjoui un professeur de journalisme de l'institut polytechnique du Malawi, Temwani Mgunda.
Même le ministre de l'Information du régime, Mark Botoman, s'en est félicité."Les juges et les avocats sont conscients de l'intérêt que les retransmissions en direct ont suscité", a-t-il jugé, "et donc de la nécessité de rendre rapidement un jugement".
Après des débats passionnés, celui-ci est attendu avec fièvre.
"Si la Cour constitutionnelle tranche en faveur de l'opposition, il faudra organiser de nouvelles élections", rappelle l'expert en droit et ancien magistrat Ralph Kasambara.Une première au Malawi.
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