Pour mieux comprendre les enjeux des évènements Egyptiens et la place du mouvement des Frères Musulmans dans cette société, Africa n°1 vous propose un éclairage sur les fondements de cette organisation....................................PARTIE 1 : ENRACINEMENT DES FRERES MUSULMANS EN EGYPTEL'organisation des Frères Musulmans est née et s'est développée en Egypte. Elle a pu s'enraciner dans la société égyptienne grâce à des services sociaux et une action concrète orientée vers la jeunesse dans le terreau fertile de la corruption de l'Etat.L'étude de l'histoire de l'évolution et des différentes branches du mouvement mettent en évidence sa complexité. Il existe aujourd'hui plusieurs branches en action et il paraît de fait difficile d'anticiper sur la forme que pourrait prendre un gouvernement des frères musulmans en Egypte. Quoi qu'il en soit, ce mouvement a pu se développer sur le désengagement du gouvernement sur les questions sociales, éducatives et humanitaires. Dans l'histoire, le mouvement s'est divisé en plusieurs branches qui, d'une part ont pu prôner la non violence et l'islamisation par l'éducation ou, d'autre part la « vengeance » de ses martyrs. Aujourd'hui, il existe des mouvements extrémistes et des mouvements modérés, mais le peuple égyptien ne semble pas prêt à mettre les frères musulmans au pouvoir, ni à pencher pour un modèle de type Iranien. La Turquie représente un modèle modéré du mouvement islamique moderne.Notons que dernièrement, les Frères Musulmans ont affirmé ne pas souhaiter intégrer le nouveau gouvernement, même si c'est avec eux qu'avait choisi de négocier le gouvernement Moubarak.Un mouvement en réaction à la domination britannique fondé par Hassan al-BannaC'est en 1928 que naît l' « Association pour la commanderie du bien et le pourchas du mal », en réaction à la domination économique et militaire britannique de l'Egypte. L'organisation avait alors l'ambition de représenter le « modèle des grandes espérances, la plus précieuse incitation à se dévouer et à se sacrifier ». La stratégie de l'organisation est une stratégie qui s'appuie sur la patience et le long terme. Elle envisage la réislamisation de la société via l'adaptation des actions aux besoins locaux. A 12 ans, Hassan al-Banna entre à l'école primaire et rejoint le cercle religieux nommé « Association pour la bonne conduite morale ». Cette association vise à sensibiliser ses membres aux offenses et a mis au point un système d'amendes. Les plus jeunes, qui souhaitent accentuer leurs actions, forment alors l'association pour « le combat contre le mal ». Ils menacent par courrier ceux qui ne vivent pas selon les enseignements de l'islam. Un récit selon lequel il aurait, à l'âge de dix ans fait saisir et détruire par la police égyptienne une statue de femme nue, illustre l'intensité de son engagement pour la morale. En 1919 ont lieu les premières révoltes populaires contre l'occupation anglaise. Banna y participera activement.Au terme de sa formation de maître, il expose dans une dernière dissertation son projet d'avenir :« Les meilleurs des hommes sont ceux qui (...) réalisent leur bonheur en rendant les autres heureux et en les conseillant (�?�) Cela est réalisable de deux manières : 1° "par la voie soufi qui implique la sincérité et le travail pour le bien de l'humanité" ; 2° "par la voie de l'enseignement et du conseil, qui est similaire à la précédente en ce qu'elle requiert sincérité et travail, mais qui se distingue par son implication directe avec la population". "Je crois, que mon peuple, en raison des changements politiques et sociaux qu'il traverse, de l'impact de la civilisation occidentale... la philosophie matérialiste et les traditions étrangères, s'est écarté des objectifs de sa foi". En conséquence, les jeunes ont hérité d'une foi corrompue" ; "le doute et la perplexité" les ont envahis et "en lieu et place de la foi, on trouve l'apostasie ».En 1927, il participe à la création de l'association de la jeunesse musulmane, mais ne la jugeant pas assez ambitieuse il fonde dès 1928 le mouvement des « Frères Musulmans » avec des ouvriers employés par des britanniques qui attendent d'être guidés pour amener le peuple égyptien à sortir de sa condition misérable. Le but de l'organisation est donc la fortification de l'islam, l'amélioration des qualités morales des musulmans et l'émancipation du joug de l'étranger. En janvier 1929, on peut voir dans le quotidien officieux Al Ahram, la photographie des douze fondateurs.En 1930, grâce à des dons et des emprunts, l'association se dote d'une mosquée à Ismaïliyya, puis d'une école pour garçons, un club et une école pour filles. Se succèdent ensuite la création de différentes structures en fonction des besoins identifiés. En 1933, l'organisation crée « le magazine des frères musulmans ». En 1935, Banna explique en quoi consiste le Jihad : c'est une obligation collective de la nation musulmane pour diffuser le message et une obligation individuelle quant il faut se défendre face à l'agression des incroyants contre elle » Entre 1936 et 1937, pendant les révoltes palestiniennes, les frères appellent à la collecte d'argent et à des manifestations de soutien aux « frères arabes ».Montée de la violence et dissolution de l'organisationEn 1946, les frères appellent au boycott culturel anglais qui va dégénérer en autodafés. A cette époque, ils se positionnent comme les porte-paroles de la nation dans les négociations avec les anglais. En 1948, ils sont accusés de préparer un coup d'état, car des armes et explosifs sont découverts dans l'un de leur camp d'entraînement. C'est ainsi que l'appareil militaire secret des bataillons des frères pour la Palestine est révélé au public. En fin d'année, une manifestation étudiante tourne à l'affrontement avec les forces de l'ordre. Le commandant en chef de la police du Caire est tué. La dissolution de l'organisation est alors décrétée par le ministre de l'intérieur Noqrachi. Il sera assassiné par balle quelques jours plus tard. Quelques jours plus tard, le 12 février 1949, Banna, le premier guide suprême de l'organisation, est assassiné par la police politique du roi Farouk. C'est ainsi que démarre la longue tradition du martyr chez les Frères musulmans. A la mort de Banna, et dans l'illégalité, le mouvement se divise. Trois tendances se dégagent. La tendance conservatrice du père de Banna, Abd al-Rahman, la tendance médiane inspirée par le cheick Hassan al-Baquri, membre du conseil de l'orientation et futur ministre de Nasser et la tendance activiste animée par Salih Achmaoui, le chef de l'organisation secrète armée.Hassan al-Hodaïbi est nommé au poste de guide suprême par le conseil de l'orientation. Il apportera des changements notamment en empêchant le retour de la violence. Il va favoriser la formation intellectuelle et spirituelle par rapport à l'entraînement sportif et physique. Cette réorientation idéologique sera l'objet de son slogan : « Pas de secret dans le message, ni de terrorisme en religion ». Mais contrairement à cette volonté, les actions des scouts perdurent. En 1952, on compte une quarantaine de morts dans les affrontements entre les forces armées britanniques et les forces de police égyptiennes. Les Frères joueront également un rôle décisif dans la révolution de juillet 1952. Ils prendront en charge la protection des étrangers, des infrastructures et des minorités religieuses. La police refusant de coopérer avec l'armée, ils joueront un rôle de maintien de l'ordre.L'organisation retrouve le chemin de la légalité après négociation avec le ministre de l'intérieur Siraj al-Din. Après la révolution, Nasser demande aux frères d'entrer dans le gouvernement. Mais ceux-ci refusent, craignant d'être toujours en minorité pour les prises de décisions, d'autant que l'idée de la révolution de respecte pas les principes islamiques. Ces divergences et les affrontements sanglants de janvier 1954 entre les hommes de Nasser et les frères conduiront à une nouvelle dissolution de l'organisation.Cette dissolution mobilise les frères qui tentent de s'allier avec les communistes dans la lutte contre le dictateur. L'appareil secret va même être réactivité pour préparer l'assassinat de Nasser pendant sa signature d'un nouveau traité prolongeant l'occupation britannique. Mais cette tentative d'assassinat échoue et le guide suprême est arrêté. On s'interroge encore aujourd'hui sur la réalité de cette tentative : coup monté de la part de Nasser ou réelle tentative d'assassinat. Le procès des Frères conduira à la condamnation à mort de 7 membres et à des condamnations allant de 15 ans à la perpétuité. Des manifestations contre ces sentences secouent la Jordanie, la Syrie, le Pakistan et le leader des Frères syriens appel à « venger les martyrs ».A parti de 1954, Nasser �?uvre à la répression du mouvement. En réponse, le mouvement se radicalise.
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