Plus de 170 morts en Libye depuis le début d'un mouvement quasi-insurrectionnel, le centre de Manama tenu par l'opposition, des rassemblements au Maroc et en Iran : l'onde de choc née en Tunisie, puis en Egypte, continuait dimanche de se propager d'Afrique du Nord au Moyen-Orient.
En Libye, gouverné par le colonel Mouammar Kadhafi depuis 42 ans, la répression a fait au moins 173 morts depuis le début de la révolte mardi, selon l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), qui cite des sources hospitalières.
La contestation semble se muer en insurrection dans l'est, surtout à Benghazi, bastion des opposants à 1.000 km à l'est de Tripoli.Douze personnes au moins y ont été tuées samedi quand l'armée a repoussé à balles réelles les manifestants qui prenaient d'assaut une caserne, selon le journal Quryna proche du réformiste Seïf al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi.
Une dizaine de manifestants ont occupé le siège de ce journal à Benghazi, a indiqué à l'AFP son rédacteur en chef Ramadhan Briki.
La ville est devenue le théâtre de "massacres", a affirmé Fathi Terbeel, un des organisateurs des manifestations, sur la chaîne Al-Jazira: "Cela ressemble à une zone de guerre ouverte entre les manifestants et les forces de sécurité".
L'avocat Mohammed Mughrabi a déclaré à l'AFP que des milliers de personnes manifestaient devant un tribunal et que d'autres protestataires étaient partis, comme la veille, à l'attaque d'une caserne, où ils ont essuyé des tirs.
Selon des témoignages concordants, les forces de l'ordre sont appuyées par des "mercenaires africains".Des témoins ont accusé ces derniers de "tirer sur la foule sans distinction".
Un représentant de l'Union européenne à Tripoli a été convoqué par les autorités libyennes qui ont menacé de cesser leur coopération dans la lutte contre l'immigration si l'UE continuait à "encourager" les manifestations en Libye, a annoncé dimanche la présidence hongroise de l'UE.
Un haut responsable libyen a déclaré à l'AFP qu'un "groupe d'extrémistes islamistes" retenait depuis mercredi en otage des membres des forces de l'ordre et des citoyens à Al-Baïda (est), où il a "pendu vendredi deux policiers".
Ce groupe a attaqué auparavant "un dépôt d'armes" de l'armée à Derna, à l'est d'Al-Baïda, et tué quatre soldats, avant de prendre d'assaut vendredi le port maritime de Derna, où il a volé 70 voitures, quittant les lieux en scandant "Au Djihad" (guerre sainte), selon ce responsable.
Dans le Golfe, le petit royaume de Bahreïn, où se trouve le quartier général de la Ve flotte des Etats-Unis, est toujours secoué par des manifestations réclamant une libéralisation du système politique, dominé par la monarchie sunnite et dont la majorité chiite de la population se dit exclue.
Des centaines de protestataires ont passé une nuit sans encombres sur la place de la Perle, dans le centre de Manama, reconquise après le retrait samedi de l'armée et de la police.
L'union générale des syndicats de Bahreïn a levé son mot d'ordre de grève générale, estimant que ses demandes d'un retrait de l'armée et du droit de manifester ont été satisfaites.
A Téhéran, les forces de l'ordre se sont largement déployées alors que des partisans de l'opposition tentaient de se rassembler en divers points pour commémorer le septième jour après la mort de deux jeunes tués lors d'une manifestation le 14 février, selon des sites d'opposition et des témoins.
Faezeh Hachemi, la fille de l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, a été interpellée dimanche après-midi alors qu'elle "lançait des slogans provocateurs" pour pousser les gens à manifester, avant d'être libérée un peu plus tard, a rapporté l'agence Fars.
Ces rassemblements, les premiers depuis un an, ont lieu à l'appel notamment des deux principaux leaders de l'opposition réformatrice, l'ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi et l'ancien président du Parlement Mehdi Karoubi.
Au Maroc, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Casablanca et à Rabat pour réclamer des réformes politiques et une limitation des pouvoirs du roi."Liberté, dignité, justice", scandaient des manifestants à Casablanca.
Des incidents se sont produits à l'issue de rassemblements à Marrakech (sud) et à Larache (nord), où des personnes étrangères à la manifestation ont pillé des magasins et attaqué des édifices publics, selon des sources concordantes.
L'opposition parlementaire au Yémen a annoncé dimanche qu'elle se joignait au mouvement de protestation mené notamment par des étudiants contre le régime du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, affirmant qu'elle ne reprendrait pas le dialogue avec le gouvernement sous la menace des armes.
Hassan Baoum, principale figure de la contestation sudiste, a été arrêté après son arrivée à Aden, où il comptait participer au mouvement.Un manifestant y a été tué dimanche, selon des sources médicales.
Plusieurs centaines d'étudiants ont en revanche manifesté devant le campus de l'Université de Sanaa sans être inquiétés par les partisans du pouvoir tenus à l'écart par la police.
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