Au Mali, les longues journées de l'hôpital de Mopti

Infos. Après une journée passée entre paperasse et réunions, le Dr Brehima Traoré, directeur adjoint d'un hôpital au coeur des dures réalités maliennes, pouvait espérer un peu de repos.C'était avant que sonne son téléphone: on a besoin de lui au bloc.

Au Mali, les longues journées de l'hôpital de Mopti

Brehima Traoré, comme ses confrères Abdoulaye Traoré ou Matthias Diassana, fait partie de ces médecins qui font tourner vaille que vaille l'hôpital de Mopti (centre), aux avant-postes du conflit en cours depuis des années au Mali et à présent de la lutte contre le nouveau coronavirus.

Ce soir-là, Brehima Traoré est appelé aux urgences alors qu'approche une fin de service chaque jour aléatoire.Une ambulance tout-terrain vient d'amener un homme inconscient blessé par balle au poumon.

A l'aube, des hommes armés ont attaqué son village dans la région de Bandiagara, à une centaine de km de Mopti.Un jeune d'une quinzaine d'années a été touché lui aussi et a également été acheminé à l'hôpital.

Le chirurgien, au four et au moulin depuis le matin, va officier pendant deux heures, pour sauver le patient.

Rare exemple d'établissement hospitalier flambant neuf au Sahel, l'hôpital Sominé Dolo de Mopti avait surtout vocation à traiter les blessés du Nord du pays quand il a été inauguré en 2014.C'est plus au nord en effet que les soldats maliens faisaient la guerre aux indépendantistes d'abord, puis aux jihadistes.

Mais la situation sécuritaire n'a cessé de se dégrader au Mali et au Sahel.Les violences se sont emparées du centre du pays et de la région de Mopti (400 km au Nord-Est de Bamako) ainsi que des pays voisins.

Les attaques intercommunautaires se sont multipliées.Un groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda a germé sur les tensions préexistantes et l'Etat n'a plus guère de contrôle sur de vastes zones rurales.

- Macabre nettoyage -

L'hôpital, construit sur financements belge et français, est la seule structure de cette taille à des centaines de kilomètres à la ronde et il est en première ligne.

Son quotidien est fait des admissions de civils et de combattants blessés: 682 en 2019, quatre fois plus qu'en 2018.

Le Dr.Matthias Diassana, directeur des urgences, détaille ses journées qui se partagent entre visites de malades, opérations en traumatologie, consultations en orthopédie.

"On est tous à cheval entre plusieurs tâches en raison de l'insuffisance du personnel" (200 personnes), dit-il, et "tout cela peut être chamboulé par les urgences".Mais "l'équipe est rodée, chacun sait ce qu'il doit faire".

Pour autant, Sominé Dolo n'avait pas besoin en plus d'une pandémie.Il a réagi avant même l'arrivée des premiers cas.Un hôpital dans l'hôpital a vu le jour, composé de larges tentes blanches où sont traités les malades du Covid-19.

Vingt-deux patients y sont à l'isolement ce jour-là.Seules quatre soignants sont autorisés à la fois au-delà des barrières oranges qui séparent strictement le centre d'accueil du reste de l'hôpital.

Protégés par une combinaison, un masque et des bottes, trois anciens agents d'entretien de l'hôpital réaffectés à la désinfection anti-Covid reviennent de la morgue avec un brancard qu'ils vont devoir nettoyer.Il a servi à transporter la dépouille d'un patient qui, est-il apparu post mortem, pourrait avoir été porteur du coronavirus.

- Lointaine Bamako -

Il faudra attendre pour confirmer ou infirmer la contamination du défunt.Tous les tests effectués au Mali doivent partir en laboratoire à Bamako, à huit heures de route de Mopti.

Connaître les résultats peut prendre trois jours à Mopti, cinq ou six près de la frontière du Burkina Faso, disent les médecins de Sominé Dolo.

Dans son bureau exigu, le Dr Abdoulaye Traoré coordonne à présent la réponse de l'hôpital à l'épidémie, en plus de la lourde tâche de diriger l'anesthésie et la réanimation.

"Le Covid me bouffe mes journées", dit-il en ajustant le stéthoscope qui ne quitte jamais son cou.Or, lui et un collègue déployé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sont les deux seuls réanimateurs de la structure.

Deux jours plus tôt, il était encore à pied d'oeuvre entre 02H00 et 04H30 du matin. "Pour le moment je tiens, mais jusqu'à quand ?", demande-t-il.

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