"C'est extrêmement animé", se réjouit la responsable de cette échoppe de la plus grande ville d'Afrique du Sud."C'est un très bon signe", ajoute-t-elle, "on est bien reposés mais on est aussi très pauvres".
Depuis l'entrée en vigueur le 27 mars dernier du confinement destiné à ralentir la propagation du Covid-19, la vente officielle de tabac était strictement interdite dans tout le pays le plus industrialisé du continent.
Il s'agissait alors, a plaidé le gouvernement, de limiter les risques de propagation du virus parmi les personnes atteintes d'affections respiratoires liées au tabagisme.
Cette stricte prohibition a suscité une vive polémique, dénoncée comme sanitairement risquée, économiquement criminelle et dangereuse pour les libertés individuelles.
Mais l'Etat s'y est accroché mordicus, malgré les plaintes des fabricants devant la justice, l'essor de la contrebande et les pertes causées à ses recettes fiscales.
Ce n'est que samedi soir que le président Cyril Ramaphosa a annoncé la levée ce mardi de l'interdiction, à la faveur du ralentissement constaté de l'épidémie dans le pays, l'un des plus affecté au monde avec près de 590.000 contaminations et 12.000 morts.
"Je suis ravi", résume, sourire aux lèvres, Qanit Manuel, fumeur, en faisant la queue dans un débit de la ville du Cap (sud-ouest)."Pendant ce confinement, on a vu circuler beaucoup de cigarettes illégales avec des marques qu'on avait jamais vues avant".
"C'est terrible à dire mais j'ai fumé pas mal d'illégales", concède elle aussi Jo McLaughlin, en faisant le plein de nicotine liquide dans une échoppe de Johannesburg.
Le patron de l'enseigne, JP Charlez, espère bien en profiter.Il parie sur la hausse du prix des cigarettes qui, dit-il, devrait augmenter l'intérêt des fumeurs pour ses vaporettes.
- "La reprise sera longue" -
"Mais ça va dépendre de la situation", ajoute toutefois le commerçant, "s'il n'y a plus d'argent, il est clair que personne n'achètera plus rien".
En récession avant la crise sanitaire, l'économie sud-africaine devrait lourdement souffrir du confinement.
Les experts tablent sur un fort recul cette année, plus de 7% de son produit intérieur brut (PIB) et sur une poussée de son taux de chômage déjà endémique (près de 30%).
Conscient de la gravité de la situation, le chef de l'Etat a aussi ordonné samedi la levée de "quasiment toutes les restrictions" imposées à l'activité économique.
Les clubs de sports ont ainsi pu rouvrir leurs vestiaires, les bars leurs comptoirs et les restaurants resservir de l'alcool.
Comme celles du tabac, la vente de vin, de bière ou de spiritueux a elle aussi été suspendue pendant des mois pendant le confinement, afin de vider les hôpitaux de toutes les pathologies et accidents liés à l'alcool.
La mesure a mis à genoux le secteur vinicole qui estime avoir perdu 7 milliards de rands - environ 340 millions d'euros - de chiffre d'affaires et plus de 21.000 emplois.
"La reprise sera longue", prévient déjà Maryna Calow, la porte-parole de l'organisation de producteurs Wines of South Africa."C'est très bien que les restaurants puissent à nouveau servir de l'alcool", note-t-elle, "mais combien d'entre eux vont se sortir de la tempête ?"
Gerald Elliott, 52 ans, a définitivement tiré le rideau de fer sur son petit restaurant libanais du quartier branché de Melville, à Johannesburg.Mais il s'apprête déjà à ouvrir une autre enseigne, sur un modèle différent.
"Je n'avais pas réalisé à quel point notre activité était dépendante de l'alcool", constate-t-il."Mon restaurant sera centré sur la nourriture.Parce qu'en cas de reprise du Covid, le gouvernement va à nouveau s'empresser de retirer l'alcool de nos tables".
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