Libye: Kadhafi inflexible, l'opposition annonce un gouvernement de transition

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BENGHAZI (Libye) (AFP)

Le leader libyen Mouammar Kadhafi s'accrochait au pouvoir dimanche malgré la pression de la rue, les sanctions de l'ONU et les appels à la démission des Occidentaux, alors que l'opposition a annoncé la formation d'un gouvernement de transition dans l'est de la Libye. 

Les dirigeants de la contestation ont mis en place un "Conseil national" de transition représentant les villes tombées aux mains de l'insurrection en Libye, a annoncé un porte-parole dimanche.

Au 13e jour d'une révolte sans précédent, le colonel Kadhafi ne montrait pour sa part aucun signe qu'il allait lâcher un pouvoir qu'il détient depuis près de 42 ans.

Un de ses fils, Seif Al-Islam, longtemps présenté comme son successeur probable, a affirmé samedi soir que la situation était "excellente" dans les trois quarts du pays, tout en reconnaissant une "volonté intérieure de changement" exprimée par des manifestants "manipulés par l'étranger".

A New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une série de sanctions sévères contre le dirigeant libyen et ses proches.

Mais rien ne dit qu'un gel des avoirs du clan Kadhafi à l'étranger, une interdiction de voyager et un embargo sur les ventes d'armes à la Libye suffiront à infléchir la politique de répression du "Guide de la révolution" libyenne.

Le président américain Barack Obama a souligné que Mouammar Kadhafi avait perdu toute légitimité et qu'il devait "partir maintenant".

L'opposition armée contrôle l'est du pays, mais la situation est plus confuse concernant les villes proches ou entourant Tripoli.

A Zawiyah, à 60 km à l'ouest de la capitale, les autorités qui organisaient un voyage de presse pour des journalistes "invités" par le régime, ont eu la mauvaise surprise de voir des milliers de manifestants défiler, en scandant "à bas le régime, nous voulons la liberté".

Selon des témoins, les manifestants anti-Kadhafi semblaient contrôler la ville.

De nombreux opposants étaient armés et certains d'entre eux ont tiré en l'air lors de la manifestation.Les services de sécurité libyens n'étaient pas visibles dans la ville où les journalistes ont été emmenés par l'organisme officiel libyen chargé de la presse, à la suite des combats qui s'y étaient déroulés jeudi.

Ces combats avaient fait plus de 35 morts, selon la Ligue libyenne des droits de l'Homme.

A Benghazi, deuxième ville de Libye (1.000 km à l'est de la capitale) et foyer de la contestation, l'opposition s'organise et attend que Tripoli se "libère" à son tour.

L'ancien ministre de la Justice, Mustafa Abdel Jalil, qui a démissionné le 21 février pour protester contre la répression de la révolte, envisage la création d'un gouvernement de transition chargé principalement de préparer des élections.

L'opposition tient une conférence de presse sur le sujet dans l'après-midi.

Ce gouvernement comptera "des personnalités militaires et civiles.Il sera en place pour trois mois maximum.Ensuite, il y aura des élections justes et les gens pourront choisir leur dirigeant", a-t-il affirmé.

M. Abdel Jalil a exclu toute négociation avec M. Kadhafi pour lui permettre de quitter le pays, affirmant qu'il devait être jugé en Libye.

A Tripoli, seuls circulaient les miliciens du colonel Kadhafi, à bord de 4X4.Des postes de contrôle ont été mis en place dans et autour de la capitale, où le pain et l'essence étaient rationnés, selon un habitant joint par téléphone.

"Il n'y a pas de tirs.Le moral est bon.Certains jeunes veulent organiser une manifestation (...) mais nous sommes contre, parce que s'il y a d'autres manifestations, Kadhafi continuera de nous tuer", a-t-il assuré.

Dans le quartier d'Al-Tajoura, les opposants étaient invités à crier "Dieu est grand" sur les toits en signe de protestation contre le régime.

En revanche, des foules faisaient la queue devant les banques pour retirer les 500 dinars (environ 400 dollars ou 300 euros) promis aux familles par le gouvernement.Cette mesure, annoncée vendredi, a été relayée par SMS dans les quartiers les plus fidèles au colonel Kadhafi.

Le bilan des violences dans le pays restait difficile à évaluer.Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a parlé d'un millier de morts.

Le "Guide" libyen a pris la parole vendredi soir devant une foule de plusieurs centaines de partisans dans le centre de Tripoli pour les appeler à prendre les armes contre les rebelles.

Face au chaos, les évacuations des différents ressortissants étrangers continuaient dans des conditions difficiles.Près de 100.000 personnes, majoritairement des travailleurs égyptiens et tunisiens, ont déjà quitté le pays par air, mer et via les frontières tunisienne et égyptienne.

"Les équipes de secours du Haut commissariat aux Nations unies oeuvrent avec les autorités tunisiennes et égyptiennes et les ONG pour apporter un soutien à près de 100.000 personnes ayant fui la violence en Libye la semaine dernière", a annoncé le HCR à Genève dans un communiqué.

A Ras Jedir, le principal poste-frontière entre la Libye et la Tunisie, les douaniers libyens ont déserté leur poste, mais militaires et policiers fidèles à Mouammar Kadhafi étaient toujours présents, ont annoncé des responsables locaux à l'AFP.

Faute de pouvoir assurer la sécurité de leurs diplomates, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Belgique ont suspendu les activités de leur ambassade.

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