Le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed a restreint à 5.000 personnes le nombre de participants au festival Irreecha, pour empêcher toute propagation du nouveau coronavirus, de la même manière qu'il avait limité l'affluence à une fête religieuse orthodoxe la semaine précédente.Mais pour certains participants, il s'agit en fait d'empêcher toute action de l'opposition, alors que plusieurs responsables de la communauté oromo - à laquelle appartient aussi M. Abiy - sont emprisonnés et que les forces de sécurité sont accusées d'avoir lourdement réprimé plusieurs manifestations."Quand des gens se rassemblent, ils risquent de réfléchir à ce qui ne va pas dans le pays. C'est pour cela qu'ils ont restreint notre festival", a estimé un participant, Jatani Bonaya, un étudiant de 26 ans. "Ce que fait le gouvernement n'est pas normal".Chez les Oromo, le festival Irreecha célèbre la fin de la saison des pluies et le début du printemps. Il est traditionnellement fêté dans la ville de Bishoftu, à quelque 50 kilomètres au sud-est d'Addis Abeba, en région Oromia.Mais l'an dernier, le Premier ministre avait pour la première fois autorisé des célébrations à Addis Abeba, dont le territoire est enclavé dans la région Oromia et que des nationalistes oromo revendiquent. Des centaines de milliers de personnes y avaient alors participé.Jeudi, la police a annoncé l'arrestation de 503 personnes "qui se préparaient à attaquer les participants au festival Irreecha", assurant avoir confisqué plus de 100 armes, dont des fusils d'assaut Kalachnikov et des grenades.Les tensions se sont fortement accrues ces derniers mois entre le Premier ministre Ahmed Abiy et les nationalistes oromo, notamment depuis le meurtre en juin d'un chanteur populaire, Hachalu Hundessa, devenu un porte-drapeau de sa communauté, dont il dénonçait la marginalisation.Ces violences entre communautés et lors d'affrontements contre la police ou l'armée ont fait entre 178 et 239 morts selon les sources et ont été suivies d'une vague de quelque 9.000 arrestations, suscitant des critiques à l'endroit du Premier ministre, lauréat en 2019 du prix Nobel de la Paix.Elles mettent en lumière les tensions ethniques grandissantes en Ethiopie et soulignent la fragilité de la transition démocratique mise en oeuvre par M. Abiy, qui s'est efforcé depuis 2018 de réformer un système jusque-là très autoritaire. Mais ce faisant, il a ouvert la porte aux violences intercommunautaires qui mettent à l'épreuve le système éthiopien de fédéralisme ethnique.
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