La France entend rester "ferme" face à l'immigration illégale et espère "éviter" des flux "incontrôlables" depuis l'Afrique du Nord par un soutien clair aux révolutions arabes, pressant l'Union européenne de se mobiliser davantage contre les clandestins.
Alors que le rempart libyen protégeant l'Europe menace de craquer sous la pression d'une insurrection contre le régime de Mouammar Kadhafi, le Premier ministre, François Fillon, a affirmé lundi que la France ferait "preuve d'une très grande fermeté à l'égard de l'immigration illégale".
M. Fillon a admis qu'"il va y avoir des mouvements migratoires importants", conséquence de la situation en Libye, mais aussi en Tunisie et en Egypte où les régimes de Zine El Abidine Ben Ali et de Hosni Moubarak ont été balayés par des révoltes inédites.
La dégradation de la situation en Libye, pays pétrolier où vivent entre 500.000 et 1,5 million d'étrangers, a jeté sur les routes de l'exode des dizaines milliers de personnes.
L'ONU recensait ce week-end près de 100.000 personnes, principalement des travailleurs égyptiens et tunisiens, aux frontières avec la Tunisie et l'Egypte, une situation qualifiée de "crise humanitaire".
Originaires de pays où la situation économique est trop difficile pour laisser espérer une réinsertion, ces migrants peuvent avoir comme "perspective" de gagner l'Europe si l'instabilité persiste en Libye, pronostique l'avocate Claire Rodier du réseau Migreurop.
"Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme.C'est toute l'Europe alors qui serait en première ligne", a estimé dimanche soir le président Nicolas Sarkozy.
"Nous devons tout faire" pour que "ces forces vives restent sur le territoire de leur pays" et "puissent concourir au développement économique", estime Dominique Paillé, le président de l'Office français pour l'Immigration et l'Intégration (Ofii).
Avant même l'insurrection en Libye, quelque 6.000 Tunisiens étaient arrivés en quelques jours sur l'île italienne de Lampedusa avec l'espoir de rejoindre la France.
Pourtant, Rome n'a pas été entendu par tous ses partenaires européens mis en garde contre un risque humanitaire "catastrophique" et un afflux de réfugiés libyens.
Après l'Italie, M. Sarkozy à demandé à l'UE la réunion d'un sommet pour décider d'une "stratégie commune" face à la crise libyenne.
La situation dans le monde arabe l'a même conduit à effectuer un remaniement du gouvernement en confiant à son fidèle secrétaire général, Claude Guéant, le portefeuille de l'Intérieur pour mettre en oeuvre sa politique de fermeté contre l'immigration clandestine.
"Avec les autres pays européens nous ferons preuve d'une très grande fermeté à l'égard de l'immigration illégale et c'est d'ailleurs dans cet esprit que nous avons décidé avec le président de la République de confier à Claude Guéant le ministère de l'Intérieur et de l'immigration", a confirmé François Fillon.
Mais le Premier ministre veut croire que "le meilleur moyen" d'éviter le flux migratoires "c'est d'aider la Tunisie à réussir, c'est d'aider l'Egypte à réussir, c'est de faire en sorte que la situation se stabilise rapidement en Libye".
La France va "accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d'être libres", a assuré le chef de l'Etat.
Ce discours "est hypocrite et paradoxal", juge Claire Rodier qui réclame une "solidarité totale" de l'Union pour la méditerranée car, selon elle, "l'Europe est tout à fait capable d'assumer ces situations de crise".
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