Le dirigeant Mouammar Kadhafi s'accrochait toujours mardi au pouvoir après plus de deux semaines d'insurrection, alors que l'opposition, maître de vastes régions de Libye organisait la lutte armée et que les Occidentaux envisageaient tous les scénarios, y compris militaires.
M. Kadhafi, qui a gouverné ce pays pétrolier d'une main de fer pendant plus de 40 ans, et ses forces ne contrôlent plus que la capitale Tripoli et sa région.Mais selon des témoins, des militaires pro-régime ont renforcé la frontière avec la Tunisie qu'ils avaient désertée dimanche et lundi.
L'opposition n'hésite plus à défier le pouvoir dans les faubourgs de la capitale, où des jeunes taguent les murs de slogans anti-Kadhafi, alors qu'à Benghazi, épicentre de la contestation dans l'Est, elle a créé un conseil militaire, embryon d'une future armée pour chasser M. Kadhafi du pouvoir.
Economiquement, le leader libyen est menacé, l'insurrection contrôlant les principaux champs de pétrole du pays dont les exportations, notamment vers l'Europe, doivent reprendre bientôt.
La communauté internationale, déterminée à trouver une issue à la crise politique et humanitaire, a mis en place des gels des avoirs du clan Kadhafi.Elle envisage également une l'interdiction du survol de l'espace aérien libyen, prompte à empêcher les avions militaires libyens de bombarder civils et opposants.
Mais l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne nécessiterait la destruction préalable des défenses anti-aériennes libyennes, a assuré le général américain commandant cette zone géographique.
L'opposition dit craindre qu'une opération militaire étrangère ne la dépossède de son soulèvement alors que l'armée américaine positionne des forces navales et aériennes autour de la Libye.
L'insurrection a créé un conseil militaire aux contours encore flous à Benghazi et envoie déjà des "volontaires" dans l'ouest du pays et à Tripoli pour combattre les milices armées de M. Kadhafi.
"Tripoli est pris en otage.Nous sommes en contact avec les opposants là bas, mais ils nous demandent de ne rien faire.Ils disent être capables" de mener eux-mêmes l'insurrection, affirme le général Ahmed Qatrani, chargé de gérer les forces militaires à Benghazi.
Plus à l'ouest, à Zenten, à 145 km au sud de Tripoli, l'opposition contrôle la ville mais craint une contre-offensive des forces pro-Kadhafi.
L'opposition revendique également le contrôle de plusieurs villes autour de la capitale et dans l'Ouest, dont Nalout (230 km de Tripoli) et Zawiyah (60 km), malgré des heurts entre miliciens pro-Kadhafi et opposants armés.
A Zawiyah, l'opposition contrôle le centre de la ville, mais des forces pro-Kadhafi sont déployées autour, et des échauffourées ont éclaté dans la nuit selon un habitant."Les miliciens, qui avaient des chars, se sont approchés, les révolutionnaires ont tiré en l'air les faisant reculer", a-t-il assuré.
La situation y était néanmoins calme mardi, les commerces et les boulangeries ayant même ouvert, selon lui.
Les villes stratégiques de Misrata, à l'Est, et Gherien, au Sud, semblent aussi être sous contrôle de l'opposition, malgré des attaques sporadiques de milices du régime.
Après l'ONU et les Etats-Unis, l'Union européenne a adopté un embargo sur les armes contre la Libye ainsi qu'un gel des avoirs et des interdictions de visa contre le colonel Kadhafi et 25 de ses proches.
Un sommet extraordinaire de l'UE consacré à crise en Libye et en Afrique du Nord est prévu le 11 mars.
Mais malgré les pressions, les condamnations et les appels à quitter le pouvoir venant de toutes parts, M. Kadhafi reste inflexible et continue de minimiser la révolte qui a fait des centaines de morts depuis le 15 février.
"Mon peuple m'adore.Ils mourraient pour me protéger", a-t-il affirmé lundi soir dans un entretien avec la chaîne de télévision ABC.Des déclarations qualifiées de "délirantes" par l'ambassadrice américaine à l'ONU Susan Rice.La Russie a estimé que M. Kadhafi était "politiquement mort" et devait partir.
A la frontière libyo-tunisienne, la situation a atteint un niveau de "crise" après le passage de quelque 75.000 personnes fuyant la répression de Tripoli depuis le 20 février, s'est alarmé le Haut commissariat de l'ONU pour les Réfugiés.L'UE a dit être prête à faire face à un afflux massif de réfugiés.
Sur le plan économique, l'agence de notation Fitch a de nouveau abaissé la note de la Libye, de "BBB" à "BB", la reléguant en catégorie spéculative, en raison de "conditions politiques et économiques chaotiques".
La contestation populaire a continué ailleurs dans la région.
En Iran, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des rassemblements interdits de partisans de l'opposition à Téhéran, selon des sites d'opposition qui avaient appelé à manifester pour réclamer la libération des leaders de l'opposition Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi.
Au Yémen, des dizaines de milliers de manifestants ont envahi Sanaa pour demander le départ du président Ali Abdallah Saleh, qui s'en est pris au président américain Barack Obama et a accusé Israël et les Etats-Unis de manipuler les Arabes.
Enfin à Oman, dernier venu dans la vague de contestation qui agite l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient depuis plus de deux mois, des blindés ont dispersé à Sohar des manifestants réclamant emplois et hausses de salaires, qui bloquaient le port et une route conduisant à la capitale Mascate, à 200 km plus au sud.Quelque 300 activistes participaient en soirée à un sit-in à Mascate.
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