La France s'est distinguée mardi des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, en mettant en avant la nécessité d'un feu vert de l'ONU pour créer une zone d'exclusion aérienne en Libye, et souligné le risque de réactions négatives du monde arabe.
"Au stade où je vous parle, il n'y a pas d'intervention militaire anticipée", a dit à l'Assemblée nationale le nouveau chef de la diplomatie française, Alain Juppé.
"Différentes options peuvent être étudiées notamment celle d'une zone d'exclusion aérienne, mais je dis ici très clairement qu'aucune intervention ne se fera sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations unies", a-t-il précisé, réitérant une position exprimée la veille par le chef du gouvernement François Fillon.
Peu avant, le Premier ministre britannique, David Cameron, avait jugé "inadmissible" que le colonel Mouammar Kadhafi "puisse assassiner son propre peuple" et souligné qu'il était légitime dans ces circonstances d'envisager la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Libye.
Lundi, les Etats-Unis ont annoncé un déploiement de forces militaires autour de la Libye.Mardi, le Pentagone a précisé qu'établir une zone d'interdiction de survol de la Libye nécessitait au préalable la destruction des défenses anti-aériennes de ce pays.
Ex-ministre français de la Défense, Alain Juppé, en fonction aux Affaires étrangères depuis mardi matin, a rappelé que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi était "bunkérisé à Tripoli et ses abords".
"Les Etats-Unis sont favorables" à une telle interdiction aérienne, "nous, notre position, c'est que ce n'est pas la priorité.La priorité, c'est de couper les avoirs" financiers libyens, avait fait valoir dans la matinée à la radio RMC le ministre français des Affaires européennes, Laurent Wauquiez.
La France s'était opposée vendredi à la convocation d'une réunion du Conseil de l'Otan pour étudier les moyens militaires éventuellement nécessaires pour la Libye.L'Otan, dotée d'une flotte d'une vingtaine d'avions-radar Awacs, a déjà mené dans le passé des missions d'exclusion aérienne et pourrait compter facilement sur des contributions en avions de chasse de ses membres.
"On n'est pas contre une interdiction de survol", se défendent deux hauts responsables français sous couvert d'anonymat.Mais une telle opération "est très complexe et pose de multiples interrogations", ajoutent-ils, citant à titre d'exemple l'image que provoquerait le survol de la Libye par des avions militaires de l'Italie, ex-puissance coloniale.
"Avant une réunion du Conseil de l'Otan, il faut surtout tenir compte du monde arabe et ne pas créer un motif d'énervement supplémentaire", souligne-t-on à Paris.
"La première chose à laquelle on doit être attentif (est) le signal politique qui serait envoyé" avec une opération militaire de l'Otan au-dessus de la Libye, a précisé Laurent Wauquiez."Est-ce que ça ne peut pas être caricaturé ? Est-ce que ça ne peut pas se retourner contre nous, en disant l'Occident agresse parce qu'il y a du pétrole en Libye?", a-t-il ajouté.
Plutôt que l'option militaire, la France a choisi de mettre l'accent sur l'humanitaire pour accompagner le mouvement de révolte en Libye, et enfin se démarquer de ses fâcheux errements vécus avec la Tunisie et l'Egypte.
Premier pays à annoncer l'envoi d'une aide médicale en Libye, Paris s'est cependant heurté à des difficultés pour poser à Benghazi deux avions transportant des personnels de santé et cinq tonnes de matériel, la piste n'étant pas praticable.Ces appareils sont arrivés mardi au Caire, où leur cargaison, une fois dédouanée, sera acheminée jusqu'à Benghazi via 16 heures de route.
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