Un doute a subsisté jusqu'à la dernière minute sur la présence sur le banc des accusés de la Cour spéciale antiterroriste de ce Mauritanien d'une quarantaine d’années, Fawaz Ould Ahmed (ou Ahmeida) de son vrai nom.
Des rumeurs avaient indiqué que ce lieutenant du chef jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar faisait partie des quelques 200 détenus libérés début octobre en échange de quatre otages, dont la Française Sophie Pétronin et l'homme politique malien Soumaïla Cissé.
Mais il a bien été extrait de sa cellule et emmené cagoulé dans un fourgon blindé jusqu’à l'enceinte du tribunal, placé sous haute sécurité, par des policiers d'élite le visage également masqué, a constaté un journaliste de l'AFP.
"C'est bon qu'il ait accès à la justice, il aura sa petite vérité à dire, et pourquoi il a fait ceci et cela", a déclaré en marge de l'audience son avocat, Tiessolo Konaré, un ténor du barreau qui avait défendu l'ex-putschiste de 2012 au Mali, le capitaine Amadou Sanogo.
"C'est important d'avoir ce type de procès", a ajouté l'avocat, en confiant avoir "pensé que le procès n'aurait pas lieu" et que "son client ne serait pas là".Il a expliqué avoir reçu le dossier d'Ibrahim 10 "il y deux ou trois semaines".
- Fusil d'assaut -
La première audience, mardi matin, a été consacrée à la lecture des arrêts de renvoi.Le procès, dont la durée n'a pas été précisée, reprendra mercredi avec l'interrogatoire des accusés.
"Ibrahim 10" est accusé d'avoir tué avec un fusil d'assaut un Français, un Belge et trois Maliens, le 7 mars 2015, dans le restaurant de Bamako La Terrasse, une action pour "venger le prophète" perpétrée dans la foulée des attentats contre l'hebdomadaire français Charlie Hebdo, selon l'enquête.
Il est également soupçonné d'avoir "planifié et fait exécuter" l'attaque, le 20 novembre de la même année, contre l'hôtel de luxe Radisson Blu.Deux hommes avaient alors "tiré sur tout ce qui bouge", tuant 20 personnes, dont 14 étrangers, avant d'être abattus.
De nombreuses parties civiles maliennes étaient présentes à l'ouverture du procès, mais nul proche de victimes occidentales.Une retransmission par visioconférence a toutefois été organisée "pour que les parties civiles françaises puissent suivre", a expliqué le président de la Cour.
Une main sur la hanche, l'autre pour s'appuyer à la barre, Fawaz Ould Ahmed, physique de colosse, vêtu d'un boubou gris, les cheveux crépus et la barbe fournie, a écouté sans broncher les faits qui lui sont reprochés.Il a demandé l'aide de traducteur arabe, de peur de "butter sur quelques mots" en français.
A la question, "Avez-vous un avocat?", il a répondu qu'il "ne le connaissait pas".Au Mali, dans les affaires de terrorisme, de nombreux accusés se voient commettre un avocat d'office, souvent à la dernière minute.
- "Dégâts extraordinaires" -
A ses côtés à la barre, Sadou Chaka (alias Moussa ou Oussama Maïga), boubou gris foncé, était selon l'enquête "chargé de l'acheminement des armes dans les villes cibles".Agé de 16 ans à l'époque, il est accusé d'être impliqué dans l'attentat du Radisson Blu.
Le jeune homme ne parlant que le Songhaï, une langue du nord du Mali, le président de la Cour a demandé à un traducteur de résumer les charges: "Dites-lui qu'ils ont fait des dégâts extraordinaires, qu'ils ont tué des hommes et des femmes!".
Le troisième prévenu, Abdoulbaki Abdramane Maïga (alias Abou Mahamadoune), manquait pour sa part à l'appel.
"On nous a parlé d'absence, mais nous savons qu'il a été libéré par +le Prince+, à savoir l'Etat du Mali", a dit à la sortie d'audience l'un des avocats des parties civiles, Alassane Diop.
Son nom figure sur une liste, non officiellement authentifiée, des quelque 200 détenus réclamés par les jihadistes et libérés par les autorités maliennes en échange de Sophie Pétronin, Soumaïla Cissé et deux otages italiens.
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