Abidjan a connu jeudi de nouvelles violences avec la mort d'au moins six femmes, tuées par balles par les forces du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo qui dispersaient une manifestation, renforçant la crainte de l'ONU d'une "résurgence de la guerre civile".
Depuis la mi-février, la crise née du scrutin de novembre, opposant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu président élu par la communauté internationale, menace chaque jour davantage d'aboutir à une déflagration.
Cinquante personnes avaient déjà été tuées dans la semaine précédent l'incident de jeudi à Abidjan, portant à au moins 365 le nombre de tués depuis fin 2010, selon l'ONU.
Ces dernières violences sont survenues à Abobo, dans le nord de la capitale économique, épicentre du conflit entre le régime Gbagbo et le camp Ouattara.
"La faillite morale de Laurent Gbagbo est évidente au moment où ses forces ont tué des femmes qui manifestaient et que son pays est à cours de ressources", a commenté le porte-parole du département d'Etat Philip Crowley.
Plusieurs centaines de femmes s'étaient réunies dans la matinée à un rond-point du quartier et scandaient "Gbagbo, dégage!" ou "Alassane président", a indiqué à l'AFP un habitant.
Quand les Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales au dirigeant sortant, à bord notamment d'un blindé, "sont arrivées au niveau du regroupement, elles ont ouvert le feu", a raconté un autre.
"Six femmes ont été tuées sur-le-champ", a-t-il dit.Il y a eu "beaucoup de blessés", ont précisé des témoins.
Des flaques de sang restaient sur la chaussée après la dispersion des manifestantes.Sur la voie principale d'Abobo et dans nombre de ruelles, des jeunes pro-Ouattara avaient barré les accès avec des carcasses de voitures, des pneus brûlés ou des tables renversées.Ivres de colère, souvent armés de machettes, ils répétaient: "Gbagbo, on est fatigués!"
Abobo a été le théâtre d'affrontements d'une tout autre nature la semaine dernière, avec des combats à l'arme lourde entre FDS et insurgés.
Sur les 50 décès survenus dans des violences dans la semaine écoulée, "26 civils" ont été tués à Abobo, selon Guillaume Ngefa, un responsable des droits de l'Homme au sein de la mission de l'ONU dans le pays, l'Onuci.
Et selon lui l'exode a déjà poussé "plus de 200.000 personnes" hors du quartier, le plus peuplé d'Abidjan avec au moins 1,5 million d'habitants.
Après deux semaines meurtrières, le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé jeudi sa préoccupation face au "risque de résurgence de la guerre civile", après celle de 2002-2003, et appelé "à la retenue".
Il a renouvelé sa demande à Laurent Gbagbo de lever "sans délai" le blocus de l'hôtel du Golf, où Alassane Ouattara a établi son QG.
La Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a fustigé "les attaques de supporters de Gbagbo contre le personnel de l'ONU, des civils et des Casques bleus".
"Le statu quo n'est pas la solution", a estimé l'ambassadeur d'Allemagne à l'ONU Peter Wittig.
Alors que la situation intérieure se dégrade rapidement, aucune issue politique ne se dessine.
Le panel de cinq chefs d'Etat chargé par l'Union africaine de dénouer la crise ivoirienne, censé arrêter fin février des solutions "contraignantes", a finalement tout le mois de mars pour y arriver, signe de ses divisions.
Il doit se retrouver vendredi à Nouakchott, sous la présidence du chef de l'Etat mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.
Le Fonds monétaire international espère aussi voir se finir cette crise dans le pays le plus puissant d'Afrique de l'Ouest francophone, et s'est dit "prêt à aider" les pays voisins qui seraient touchés par ses conséquences économiques.
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